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Stress au travail : un défi collectif

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Le thème 2016 de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail à l'initiative de l'Organisation internationale du travail (OIT) est "Le stress au travail: un défi collectif". Un rapport publié à cette occasion met l'accent sur les tendances mondiales actuelles sur le stress au travail et son impact. Interview avec Cyril Cosme, directeur du bureau de l'OIT pour la France.

Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail

Pourquoi avoir choisi le thème du stress au travail cette année ?

Cyril Cosme. Chaque année, l'OIT met l'accent sur un thème particulier, ce qui est l'occasion de rappeler l'importance de la sécurité et de la santé au travail. Quelque 6 300 personnes meurent au travail chaque jour. On estime à près de 4% du PIB mondial le coût lié aux arrêts, accidents et maladies professionnels (en comptant les dépenses de soins, les indemnisations, le coût des absences des salariés, les effets sur la productivité, etc.), ce qui est considérable. C'est par ce biais des coûts induits que l'OIT tente de sensibiliser davantage les entreprises et les organisations à cette problématique.

Le stress au travail n'est pas qu'une question de pays riche. C'est un phénomène largement mondial comme le démontre notre rapport, qui touche autant les pays dits développés que ceux en développement. La question extrême du suicide au travail concerne ainsi tous les continents. Les dangers psychosociaux (environnement et équipement de travail, conception des tâches, charge et rythme de travail, aménagement du temps de travail, externalisation de certaines fonctions, interface vie personnelle et professionnelle…) se retrouvent dans tous les pays mais sous des formes diverses, et les approches pour les traiter sont différentes. La mondialisation et les transformations radicales du monde du travail (progrès technologiques, nouvelles formes d'emploi, chômage, précarité…) ont encore amplifié le phénomène.

Parvient-on à quantifier les coûts du stress lié au travail ?

C. C. Les coûts directs et indirects commencent seulement à être quantifiés. En Europe, par exemple, le coût annuel de la dépression liée au travail est estimé à 617 milliards € et inclut les coûts supportés par les employeurs résultant de l’absentéisme et du présentéisme (272 milliards €), la perte de productivité (242 milliards), le coût des soins de santé (63 milliards) et le montant des prestations d’invalidité (39 milliards).

Des pays et des catégories socioprofessionnelles sont-ils davantage affectés que d'autres ?

C.C. On observe que les femmes sont plus touchées par le stress parce qu'elles sont plus affectées par les difficultés d'articulation entre vie professionnelle et personnelle et qu'elles sont davantage présentes dans les professions et niveaux de qualification dans lesquels on observe la plus forte prévalence du stress au travail. Mais tout travailleur peut se trouver un jour ou l'autre dans une situation de souffrance au travail liée souvent à une perte de sens, à un manque de reconnaissance de sa hiérarchie, etc. Les salariés se situent plus difficilement qu'autrefois dans le processus de décision de leur entreprise quand le siège est situé à l'autre bout du monde. Les secteurs les plus concernés par la question du stress sont ceux de l'éducation et de la santé.

Quelles sont les priorités d'action de l'OIT dans ce domaine ?

C.C. Des normes internationales ont été adoptées sur la sécurité et la santé des travailleurs. La plus récente est la convention n°187 sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail (2006) qui vise notamment à développer dans les entreprises une culture de prévention en matière de sécurité et santé au travail. Cette convention ratifiée par la France est entrée en vigueur à l'automne dernier. Elle reprend les grands axes de la convention n°155 sur la sécurité et la santé des travailleurs de 1981. L'OIT se fixe comme priorité d'encourager les pays à développer des plans de prévention comme ce fut le cas en France en 2009. Un Plan d'urgence pour la prévention du stress au travail a été lancé dans le contexte des suicides sur le lieu de travail. Nous encourageons également le développement de données globales sur ce sujet, qui puissent être comparables. L'OIT va encourager le renforcement des réseaux de recherche pour investir dans de nouveaux outils d'aide au diagnostic. L'idée est de passer d'une logique de prévention des risques psychosociaux à une logique de promotion du bien-être au travail, au bénéfice des travailleurs et des entreprises.

Pourquoi est-il nécessaire d'après vous d'adopter une approche collective dans la prévention du stress au travail ?

C.C. Les normes de l'OIT insistent pour faire des partenaires sociaux des acteurs à part entière des démarches de prévention. Il convient de les engager dans l'adoption des mesures collectives et individuelles de prévention et de contrôle. Le dialogue social, dans et hors de l'entreprise, est primordial pour améliorer la prévention du stress au travail. Cette insistance permet de montrer en quoi l'approche de l'OIT diffère de démarches de type Iso qui sous-estiment le rôle des partenaires sociaux dans l'appréhension de cette problématique.

Tout savoir sur la journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail 2016

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