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Visite du salon Innorobo : exosquelettes et humanoïdes peuvent-ils améliorer les conditions de travail ?

La semaine dernière se tenait à Lyon la 4e édition d’Innorobo, le salon international de la robotique, une bonne opportunité de faire le point sur les avancées technologiques dans le domaine. Compte-rendu de la visite.

Le salon Innorobo a lieu chaque année à Lyon depuis 2010 et rassemble tous les acteurs internationaux de l’industrie de la robotique dans des domaines aussi variés que : l’industrie, la santé, la domotique, l’éducation ou encore l’armée. Nous avons pu balayer une grande variété de machines robotisées, deux types ont particulièrement retenu notre attention : les humanoïdes et les exosquelettes. Certaines sociétés présentent en effet leur prototype comme des solutions pour améliorer les conditions de travail. Qu'en est-il ? Qu'en pensent les experts en santé et sécurité au travail ?

Des robots pour assister les personnes âgées ou en perte d’autonomie

Deux bras, deux jambes, un visage bienveillant, les robots humanoïdes présentés lors du salon ont en partie pour but l’assistance aux personnes âgées ou en perte d’autonomie. Nommés NAO, Romeo ou encore Criif, ces humanoïdes sont capables d’effectuer certaines tâches comme fermer des portes, porter des plats, inscrire des informations dans un calendrier électronique, réveiller une personne, composer un numéro de téléphone, etc.

Au vu des brèves présentations sur le stand, on peut imaginer comment ces robots pourraient améliorer la qualité de vie des personnes assistées et alléger la charge de travail assumée par les aidants familiaux et professionnels. Les robots seraient alors investis des tâches mécaniques et pratiques. Ces dernières ainsi prises en charge, le rôle des aidants pourrait alors se centrer davantage sur l’interaction et l’attention aux personnes, coeur de métier des aides à domicile.

« Il est important de garder à l’esprit que le travail d’aide à domicile associé au « care » (prendre soin, attention à autrui, et maintien du lien social) ne peut se résumer au simple exercice de tâches matérielles, mais constitue un service global qui comprend une attention continue au bénéficiaire et des gestes professionnels adaptés à son état. Le robot peut ainsi agir comme une aide mais ne remplace pas le professionnel », explique Nadia Rahou, auteure de l'agir sur la qualité des services à la personne (SAP) à l'Anact.

Des robots pour réduire les troubles musculosquelettiques (TMS)

Conçu par l’institut CEA TECH, l’exosquelette d’un bras présenté à Innorobo permet d’amplifier la puissance du geste, tout en réduisant l’effort musculaire humain. La machine apporte sa capacité d’effort tout en laissant à l’opérateur le contrôle décisionnel.

Autre exemple, Hercule V3, créé par la société RB3D, se présente comme le premier exosquelette à usage professionnel. Il permet de porter des charges lourdes (jusqu’à 40 kilos) en minimisant l’effort de son porteur. Ce prototype est destiné à l’industrie et au secteur du BTP.

Selon leurs créateurs, ces deux prototypes pourraient ainsi soulager les articulations des professionnels et participer à la réduction des troubles musculosquelettiques.

Les exosquelettes, qui étaient à l’origine des prothèses robotisées pour les personnes ayant des déficits fonctionnels ou pour l’armée, sont donc aujourd’hui en passe d’être proposés aux grandes industries et utilisés comme outils de travail. Si proposer aux salariés de « devenir Robocop » et plonger dans un univers fictionnel et futuriste peut sembler séduisant pour certains, une telle utilisation n’est pas sans poser des questions sur la sécurité, la santé ou encore l’acceptation de la technologie par les salariés. Le travailleur ne risque-t-il pas de développer un sentiment de déshumanisation ou de manque d’autonomie ? Ne risque-t-il pas de se sentir stigmatisé sur ses capacités physiques ? De même, dotées d’un tel outil, les entreprises ne vont-elle pas être tentées d’accélérer les cadences ? Telles sont par exemple les questions posées par les préventeurs de l'INRS.

Concernant les troubles musculosquelettiques (TMS), à ce jour, aucune étude scientifique ne confirme l’impact des robots d’assistance physique sur leur réduction. Jean-Jacques Atain-Kouadio, ergonome à l’INRS explique : « Le point de vue est en train de se faire. La principale difficulté tient au fait que les TMS sont multifactoriels et qu’en général l’approche proposée se limite à traiter la dimension biomécanique ». Adel Sghaier, spécialiste de la robotique à l’INRS indique pour sa part : « Il serait faux de penser qu’une solution générique puisse être utilisée pour réduire tous les problèmes de TMS. Avant de mettre en œuvre un dispositif, une analyse des risques spécifiques à chaque application est nécessaire. » (source : Travail & Sécurité n°746)

La visite du salon Innorobo a été l’occasion de découvrir les nouvelles créations de cette édition 2014, de faire un état des lieux des avancées de la robotique. Si les robots peuvent devenir de véritables aides physiques ou pratiques pour accomplir des tâches, difficile pour le moment d'évaluer leur degré de participation à l'amélioration des conditions de travail, faute de recul nécessaire. Les robots présentés étaient pour la plupart, encore à l’état de prototype et leur prix encore peu accessible pour une grande partie des PME.

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