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TSE : légitimer des salariés dans leur fonction et développer la polyvalence

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Cas entreprise Mecabourg

A propos

Référence
607
Catégorie
Secteur d'activité
Code APE
Confrontée au départ du décorateur, cette poterie lance une démarche de transfert des savoir-faire d'expérience sur ce métier stratégique pour elle. C'est l'occasion d'objectiver le style de l'entreprise et d'établir le lien entre la stratégie de l'entreprise et le style de décoration de ses produits.

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Description 

Cette fabrique de poteries a été rachetée par un passionné désireux de maintenir dans sa région la tradition ancestrale de la poterie vernissée en terre cuite. Le repreneur donnera au fil des ans une véritable personnalité aux pièces produites, expliquant aujourd’hui une reconnaissance au-delà des frontières locales. Ses deux fils prennent le relais. À ce jour, une dizaine de salariés fabriquent de la poterie horticole et culinaire, usuelle ou de décoration.

Demande 

L’OPCA des branches Ciment, Céramique, Tuiles et Briques, et Carrières et Matériaux a proposé à ses entreprises adhérentes de réaliser des actions de transfert des savoir-faire d’expérience (TSE), avec l’aide de fonds européens. Dans le cas présent, l’enjeu pour l’entreprise est de transmettre le savoir-faire d’expérience du poste de décorateur, garant du style caractéristique de la poterie auprès du grand public et des collectionneurs. Le style du père a été perpétué par l’un des deux fils à la fibre artistique reconnue. Celui-ci projette maintenant sa retraite alors que son frère, dans un rôle de gestionnaire jusqu’alors, a déjà cédé la direction à un repreneur.

Démarche 

L'action de transfert est réalisé selon une méthodologie expérimentée. Elle repose sur 5 grandes étapes incontournables : un diagnostic d'opportunité et de faisabilité, l'identification des savoir-faire à transférer, la mobilisation des acteurs concernés (transférant-transféré), le transfert en situation de travail et la formalisation des bonnes pratiques.

Dans le cas présent, un diagnostic compétence a mis en évidence l’atout concurrentiel du style caractéristique de la poterie. Un accompagnement d’une démarche de TSE est donc proposé par un consultant. Celle-ci implique le frère décorateur et trois salariés volontaires. En cours de route, l’accent est mis sur le transfert vers une salariée de 25 ans d’ancienneté qui possède un meilleur niveau de pré-requis, une forte motivation à évoluer dans la fonction et un attachement à l’histoire de l’entreprise.

Sur 14 savoir-faire d’expérience repérés, les 3 plus critiques concernent la décoration sur poterie. Il apparaît rapidement que le transfert du style du décorateur, hérité de son père et peaufiné au gré de sa propre expérience, présente la limite de la subjectivité. Un style est associé à la personnalité d’un individu, à la frontière entre la technique artisanale et l’expression artistique.



Caractériser ce style est donc le premier objectif fixé. Pour ce faire, un travail de recherche est réalisé en collaboration avec le transférant et les transférés, mais aussi avec le responsable du magasin de la fabrique, les autres salariés en fabrication et une association locale des amis de la poterie. Trois questions leur sont posées : quels sont les décors (motifs, dessins, lignes, …) qui portent l’image de l’entreprise ? Quels sont les éléments esthétiques différenciant perçus ? Quelles sont les difficultés pressenties à acquérir ce style ?



Les réponses à ces questions préparent les phases suivantes qui vont de l’adaptation des techniques de décoration à la réédition/création de nouveaux décors, en passant par la maîtrise des décors actuels. Concrètement, transférant et transférés travaillent à partir de dessins et de pièces anciennes conservés. Ainsi, une comparaison entre les décors actuels et passés devient possible, permettant aux transférés de visualiser l’évolution du style dans le temps. Ce qui a priori était subjectif devient un point de repère démontrable.



Les transférés prennent alors la mesure des fondamentaux du style de l’entreprise, à reproduire au plus près dans l’esprit et dans la forme, mais aussi des marges discrétionnaires dont ils disposent pour intégrer leur propre style et faire évoluer leur travail en phase avec la perception esthétique du public qui évolue.



La démarche vise à instituer un climat de confiance entre transférant et transférés. Le premier devant livrer une part intime de lui-même et les seconds ayant à surmonter un certain complexe face au transférant, cette confiance constitue une prémisse essentielle à une attitude d’ouverture et d’échange. La place importante laissée par le consultant aux acteurs internes a également contribué à ce qu’ils soient force de proposition sur les stratégies pédagogiques à adopter et critiques sur le degré d’acquisition des compétences.

Bilan 

Pour la principale transférée, cette démarche était l’aboutissement d’une forte implication personnelle pour évoluer dans la fonction. Elle lui a permis d’acquérir une légitimité auprès du reste de l’équipe qui ne lui reconnaissait pas le statut de décoratrice, bien qu’elle en occupait partiellement la fonction depuis longtemps. Cela a participé à l’amélioration du climat de travail.

Structurer le transfert a permis une prise en compte des besoins et attentes de chacun. Le TSE s’inscrit aussi dans une logique de polyvalence qui rend plus attractive l’entreprise auprès de la nouvelle génération de potiers. Cela accroît la capacité de production en décors « fins » qui constituent la demande la plus lucrative de la clientèle. Car pour cette poterie, l’enjeu est bien de trouver un équilibre entre pérennité économique et culture de la pièce unique pas toujours profitable. Le TSE aura contribué à organiser le débat sur cette nécessaire transition en éclairant notamment le lien entre stratégie commerciale et décoration et en mettant à plat le processus global de fabrication.

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