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Travail sur site en période de crise : les résultats de notre questionnaire

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Du 8 avril au 10 mai, 830 travailleurs qui ont poursuivi leur activité sur site pendant le confinement ont répondu à notre questionnaire en ligne. Leurs réponses apportent un éclairage sur les conditions du maintien de l'activité in situ en période de crise sanitaire.

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>> Voir les chiffres-clés en infographie <<

Organisation et prévention

En période de crise sanitaire, faciliter le maintien de l’activité sur site passe d’abord par la mise en place d’un cadre protecteur et d’une adaptation du travail à mener. Comment cela s’est-il passé pour les répondants à notre consultation ?

  • Quasiment tous les répondants (94%) déclarent avoir été informés des mesures de prévention du risque de contamination et 90 % estiment avoir eu accès à des équipements leur permettant de se protéger et de nettoyer leur espace de travail, (mais 27% en quantité insuffisante).
  • 73% des répondants déclarent que leur espace de travail a été aménagé pour respecter les règles de sécurité et de distanciation physique (mais 26% estiment que cela n’a pas été le cas).
  • 95% des répondants déclarent que l’organisation du travail a dû être adaptée pour assurer la continuité de service et la sécurité des personnels (totalement dans 52% des cas, partiellement pour 35% et de manière plus marginale pour 9%).
  • 3/4 ont vu leurs objectifs de travail revisités en matière de résultats et /ou de délais.
  • L’adaptation de l'activité a également pris la forme d’aménagement des horaires, des rythmes (62%), des postes de travail (52%), des méthodes et procédures à appliquer (48%). Elle s’est traduite, pour un peu plus de la moitié des répondants, par de nouvelles missions.
  • La réalisation de ces nouvelles missions constituait une nécessité pour l’activité de l’entreprise selon 62% des répondants, mais également une manière de manifester leur implication dans l’activité de leur structure (42%). 16% des répondants les ont cependant vécues comme une contrainte.

Le regard du réseau Anact-Aract

A première vue, les répondants semblent avoir bénéficié d’un cadre de travail formel prenant en compte les enjeux de protection des personnes et d'efficacité via les actions en matière de prévention et d'adaptation du travail. Une très grande majorité de répondants signalent la mise en place de mesures d'information, de fourniture d’équipement mais aussi de modification de l’organisation du travail - un niveau d’action à privilégier pour une prévention efficace.

Ce cadre de travail adapté à la crise demanderait cependant à être précisé : les répondants ont-ils été formés à la mise en place des mesures de prévention ? Dans les cas où les mesures de prévention se sont révélées difficiles à mettre en œuvre, le travail a-t-il pu être ajusté ? Les retours d’expériences des salariés ont-ils été écoutés ?

Sur certaines dimensions, on note que des catégories de personnel (agents de la fonction publique, salariés au contact avec le public, non-manageurs...) déclarent avoir bénéficié d’un environnement moins protecteur que les autres : au global, 81% des répondants estiment que les mesures mises en œuvre par leur employeur sont suffisantes (37% « tout à fait » et 44% « plutôt »), mais 73% pour le secteur public.

 

Management et relations de travail

Si dans le contexte de crise, un cadre de travail adapté est nécessaire, il faut pouvoir le faire vivre et évoluer dans la durée. Quelles mesures de régulation et, en particulier, quelles actions managériales ont pu être mises en place pour les travailleurs sur site dans ce but ?

  • Pour une très large majorité des répondants, des échanges réguliers avec leur responsable hiérarchique ont été organisés dès le début de la crise, et pour plus de 62% d’entre eux, à hauteur d’au moins un échange par semaine.
  • A l’occasion de ces échanges, les sujets abordés se sont concentrés sur la priorisation des activités (57%), la vérification du bon avancement des missions (56%). Les difficultés rencontrées au cours du travail ont été abordées dans la moitié des cas.
  • Dans ce contexte, 74% des répondants se sont sentis soutenus par leur manageur et 84% par leurs collègues de travail (avec une proportion moindre pour les agents du service public ainsi que les non-manageurs).

Le regard de l’Anact

Comme dans notre consultation sur le télétravail en période de crise, la relation managériale de proximité semble avoir été maintenue – et sans doute renforcée dans la période. Les échanges réguliers ont cependant porté en priorité sur les dimensions "prescrites" du travail  (nouvelles priorités et vérification de l'avancement des missions) et, dans une moindre mesure, sur les conditions de sa réalisation - les difficultés rencontrées n'étant abordées que dans la moitié des cas.

Nécessaires dans un contexte où les priorités de l’entreprise sont régulièrement réajustées au contexte, les temps d’échanges réguliers individuels et collectifs entre manageurs et salariés méritent d’être préservés et renforcés en phase de reprise de l’activité. Il s’agit non seulement de partager sur les objectifs de travail mais aussi de construire collectivement des solutions opérationnelles pour combiner santé et efficacité sur la durée.

Derrière les chiffres indiquant au global de bonnes relations managériales et de travail, plusieurs points de vigilance doivent être soulevés : un quart des répondants (25%) ne se sentent ainsi pas assez soutenus par leur manageur ; 20% estiment que les relations de travail se sont dégradées depuis le début de la crise et jusqu'à 39% ressentent un manque d’équité en matière de répartition des missions au sein de leur structure. Ces sujets demandent à être pris en compte rapidement  pour éviter que ne se développent des tensions avec des effets sur la santé des personnes et sur la dynamique collective.

 

Charge de travail, fatigue, efficacité

Qu’en a-t-il été du sentiment de fatigue, d’utilité, d’efficacité dans cette période ?

  • Pendant la crise, l’adaptation généralisée de l'organisation de travail s’est traduite par un investissement accru pour une majorité de répondants : 53% d’entre-eux déclarent ainsi avoir travailler plus, dont 23 % beaucoup plus.
  • Elle s’est accompagnée également dans, plus de la moitié des cas, d’un sentiment de plus grande utilité que d’ordinaire.
  • Mais dans ce contexte, un sentiment de fatigue accrue est perçu par une part importante de répondants (67% se sentent ainsi plus fatigués - dont 25 % beaucoup plus), couplé avec un sentiment d’efficacité moindre (pour 36%) voire d’une incapacité, pour une part importante de salariés, à réaliser les missions habituelles (42%).

Le regard du réseau Anact-Aract

Dans le contexte du maintien de l'activité sur site les ressentis et difficultés individuelles peuvent être peu aisés à dire, percevoir et accompagner.

Or faciliter la poursuite de l’activité dans le contexte de crise, c'est non seulement s’intéresser aux conditions de travail mais aussi aux conditions « sociales ». Des dimensions que certains manageurs sont peu habitués à traiter : on note ainsi que les aménagements horaires, les relations de travail au sein des équipe ou encore la situation personnelle du travailleur apparaissent aux 5 et 7ème rangs seulement des sujets abordés lors des entretiens réguliers.

Plus que jamais, la phase de reprise nécessite d'accompagner au niveau du management à la fois les dynamiques collectives et les situations individuelles - dans leurs composantes professionnelles et personnelles (difficultés à concilier les temps, angoisses concernant l’emploi, la maladie, sentiment d’usure lié à la nécessité d’adapter régulièrement le travail, surcharge de travail). Une tendance qui incite à reconnaître les situations spécifiques de travail et à favoriser un travail commun entre l’encadrement de proximité, les fonctions RH et les IRP.

Focus sur la consultation

Du 8 avril au 10 mai, le réseau Anact-Aract a diffusé un questionnaire (via son site, ses réseaux sociaux et ses partenaires) sur le travail sur site en situation de crise sanitaire. Cette consultation n’est pas un sondage. En effet, le questionnaire n’a pas été adressé à un échantillon représentatif de salariés français mais il a été proposé, en libre accès, aux personnes en situation de « travail sur site » dans le contexte de crise sanitaire souhaitant s’exprimer sur le sujet. Cette démarche permet de recenser des informations utiles à la poursuite de nos actions en vue d’améliorer les conditions de travail des personnels concernés.

Les résultats qui sont présentés sont issus de 834 questionnaires complétés entre le 8 avril et le 10 mai.

L’échantillon recueilli est constitué à 62% de femmes. 33% des participants ont moins de 45 ans, 63% ont 45 ans et plus. 67% exercent dans une structure privée ou associative et 29% dans une structure publique. 52% exercent une fonction de management, d’encadrement d’équipe.

>> Pour aller plus loin, lire le rapport complet « Consultation travail sur site en période de crise sanitaire » (juin 2020)

 

Les chiffres clés en infographie :

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