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Transfert entre générations : le cas des savoirs de prudence

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Les démarches de transfert des savoirs d'expérience portent en général sur les savoirs métiers. Elles visent à faciliter la transmission des "tours de main", des savoir-faire critiques pour l'entreprise. Mais elles peuvent également couvrir le domaine de la santé et la sécurité au travail. On parle alors de savoirs de prudence. Extrait du dossier sur les démarches "TSE".

Les savoir-faire de prudence sont des attitudes et des comportements qui viennent compléter ou redoubler les prescriptions de sécurité. Souvent muets, implicites, ils renvoient à des formes de connaissances peu connues et mal reconnues.

Par exemple, le contrôleur de bus choisit entre les différentes modalités de contrôle, plus ou moins filtrantes, en fonction de l’appréciation qu’il fait du risque d’un contrôle qui dégénère (décompte des usagers, localisation du prochain arrêt). C’est encore le collectif d’agents de sécurité sur autoroute, qui préserve le salarié novice des risques physiques et psychiques inhérents à la réalisation de travaux d’urgence liés à un accident de circulation.

Sécurité réglée et sécurité gérée

Dans les entreprises, il existe une série de dispositifs formels de prévention, de nature technique et organisationnelle. Ils reposent sur une anticipation des risques par le respect de règles et de procédures et par l’adoption de mesures techniques. Le terme “sécurité réglée” désigne ces dispositifs formels de prévention et de protection du travail.

À côté, et en complément de la sécurité réglée, il existe aussi une “sécurité gérée”, qui se manifeste dans les situations de travail quotidiennes. La sécurité gérée comporte plusieurs aspects. Elle repose sur une sorte d’accord tacite, au sein des collectifs de travail, sur des règles de bon exercice du métier, qui sont partagées par tous et apprises aux nouveaux arrivants. Mais pour que ce partage ait lieu, il faut qu’il y ait du lien social dans les collectifs de travail. L’encadrement intermédiaire peut également jouer un rôle d’accumulateur d’expérience.

Par ailleurs, le fait de disposer ou non de marges d’autonomie est une composante importante du dispositif. C’est dans cette marge que vient s’insérer la sécurité gérée, c’est là qu’elle s’articule à la sécurité réglée.

En résumé, la sécurité réglée relève d’une logique problèmes / solutions. La sécurité gérée est, elle, ce qui fait que les solutions fonctionnent et que les problèmes ne se reproduisent plus. Elle procède d’une logique de recherche de la rationalité sous-jacente aux comportements. En termes plus simples, “pourquoi on fait ça et pourquoi on le fait comme ça”.

Favoriser le transfert

Une hypothèse sous-jacente à la transmission des savoirs de santé et sécurité est que les travailleurs plus anciens ont mis au point, au cours de leur carrière, des stratégies de préservation de leur santé et de prévention des risques. Ils ont accumulé une expérience dans le domaine de la sécurité gérée. L’enjeu du transfert est le partage de ces stratégies et de cette expérience avec les jeunes travailleurs ou les nouveaux arrivants.

Une des conditions de réalisation de ce transfert est que les collectifs de travail rassemblent des salariés de différentes générations. Les études de cas menées par l’ANACT ont permis d’observer des situations de sécurité gérée dans lesquelles les anciens ont le souci de préserver la santé et la sécurité des nouveaux arrivants, tandis que les plus jeunes mettent en œuvre des arrangements informels qui réduisent la pénibilité des postures ou des rythmes pour les plus âgés.

Les savoirs de prudence portent aussi sur le stress

Le transfert de savoirs et de savoir-faire concerne aussi la capacité à faire face aux situations de stress. Dans des situations où la charge émotionnelle est importante (accidents avec victimes, agressions verbales ou physiques, confrontations avec le désespoir ou la souffrance), l’expérience est un atout pour gérer le stress. La collaboration entre les nouveaux salariés et les plus anciens permet là-aussi de protéger les uns et de valoriser les autres.

La mixité des générations permet également de mieux réguler certains comportements individuels problématiques: ceux qui profitent de leur expérience pour travailler tout le temps à la limite de la règle, ceux qui “travaillent comme des cow-boys”, etc.

Des initiatives à l'étranger

En Belgique, Prevent, qui est l’institut fédéral pour la prévention et le bien- être au travail, a lancé une campagne de promotion du “safety coaching”. Il s’agit de former des travailleurs âgés à une fonction de “tuteur de sécurité” auprès de leurs jeunes collègues. Dès lors, les jeunes qui arrivent dans une entreprise bénéficient d’un encadrement pour apprendre à connaître les risques, les mesures de prévention et les comportements de sécurité.

De son coté, l’institut québécois IRSST met l’accent sur une dimension complémentaire à la transmission au sein des collectifs de travail : celle-ci ne sera efficace et durable que si elle est intégrée à une gestion globale de la prévention, dont l’entreprise a la responsabilité.

En conclusion, la santé et la sécurité au travail apparaissent comme un domaine privilégié pour mettre en pratique les transferts de savoirs et de savoir-faire bâtis sur l’expérience. Ces transferts peuvent devenir une nouvelle composante des politiques de prévention et de protection du travail, ainsi qu’un nouveau thème de concertation sociale dans l’entreprise.

 

Un diaporama ANACT sur les savoirs de prudence et leur transfert

Pays-Bas : une entreprise fait le choix de l'inter-générationnel comme outil de developpement

 

>> Accès au dossier complet sur les démarches de transfert des savoirs d'expérience