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TMS et incapacités professionnelles : la nécessité d’une approche globale

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Cas entreprise Mecabourg

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908
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Lorsqu’elles ne sont pas entièrement automatisées, les opérations de tri sélectif et de reconditionnement sont source de maladies professionnelles au premier rang desquelles les TMS. Souvent, cela n’est pas dû uniquement à l’ergonomie plus ou moins adaptée des machines ou de la configuration des postes de travail. Des diagnostics montrent que l’organisation du travail et les compétences y sont tout aussi déterminantes. Les démarches pour tenter de résoudre les problèmes issus de ces situations combinent de plus en plus ces différents paramètres.

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Description 

Cette entreprise a pour but de favoriser l'insertion sociale de personnes en difficulté. Son activité est basée sur la valorisation de vêtements d'occasion. Créée en 1984, elle emploie aujourd'hui 400 personnes sur le site de Bruay-la-Buissière (62). En 2000 l'entreprise est passée d'un statut de SARL à celui de SCOP.

Son activité est constituée de plusieurs services : le ramassage de sacs chez les particuliers, la récupération des conteneurs, le tri des vêtements, la coupe de chiffons, l'expédition pour les ventes en métropole ou à l'exportation, la vente en boutique.

Demande 

L'activité de tri de vêtements occasionne de nombreux gestes répétitifs sous contrainte de temps. Des opératrices réparties le long d'un convoyeur effectuent du tri successif, avec pour chacune d'entre elles, plusieurs catégories de produits : manteaux, vestes, linge de maison, layettes, sous-vêtements, pantalons, jupes…). Quelques aménagements ont déjà été effectués pour alléger les contraintes physiques; mais si à ce jour aucune maladie professionnelle n'a été déclarée sur ces postes, le risque de TMS est bien réel. C'est dans ce cadre que le CHSCT a sollicité l'intervention de l'ARACT pour l'aider dans sa démarche de prévention des risques.

Démarche 

Le CHSCT est constitué d'une très large représentation avec des personnes issues de chacun des différents services de l'entreprise. Pour amorcer son intervention sur les TMS, l'ARACT est d'abord passée par une phase de sensibilisation des membres du CHSCT. Le module E learning réalisé par l'ARACT Picardie a été utilisé pour son approche didactique et participative. Puis, à partir d'un état des lieux de la population, le secteur du tri "vêtements" sur convoyeur a été choisi comme terrain d'expérimentation.

L'intervention proprement dite démarre par la réalisation de séquences vidéo et d'interviews des salariés aux différentes étapes du tri. Les personnes filmées ont ensuite été libérées de leur poste de travail pour participer à une séquence de travail autour des éléments recueillis afin de dégager les caractéristiques de leur travail, les contraintes et les éléments facilitateurs. Cet état des lieux a ensuite été présenté aux membres du CHSCT.

L'utilisation de la vidéo a mis en exergue la cadence de travail, la répétitivité des gestes, l'amplitude des mouvements et une gestuelle particulière de retournement du poignet pour repositionner les vêtements sur le devant du tapis lorsque l'opératrice n'a pas eu le temps de juger de la qualité du vêtement. La majeure partie des membres du CHSCT, même s'ils connaissent ces postes, ont été surpris des conditions de travail.

Différents éléments constitutifs du travail de tri ont été abordés, telle la dépendance des trieuses sur le rythme imposé par les "craqueurs" en début de chaîne. Ces approvisionneurs ont un tonnage de vêtements traités à respecter chaque jour (17 T par tapis); lorsqu'ils ont pris du retard, ils augmentent la cadence d'approvisionnement du tapis en vêtements sans forcément les étaler correctement ni enlever ceux qui sont mouillés et qui doivent partir en déchet. Des tas de vêtements arrivent alors devant les trieuses qui ne peuvent tout regarder, et donc font du stock sur le côté pour le reprendre en fin de poste. Parfois débordées, elles sont obligées d'arrêter le tapis, le retard pris alors étant compensé par une augmentation de la cadence … Ce cercle vicieux est récurrent et source de tensions tant chez les opérateurs que chez les encadrants.

Par ailleurs, une étude des volumes traités sur chacun des postes de tri à montré une charge de travail non homogène. De la même façon, certains types de tri sont plus compliqués que d'autres. Pour connaître l'ensemble des tris requis sur le tapis, il faut plusieurs mois d'expérience. Les premiers temps, les trieuses travaillent en binômes avec une employée plus ancienne sur un poste; une fois instruite, la deuxième opératrice est autonomisée puis tourne progressivement sur les autres postes.

Mais certaines d'entre elles ne sont pas en capacité de tenir l'ensemble des postes, la polyvalence requise pour rendre le travail moins monotone et favoriser la cohésion de l'équipe n'étant pas toujours possible. Quelques trieuses se plaignent alors d'être souvent sur les postes les plus difficiles à tenir.

Pour aider leurs collègues sur les postes en aval, les trieuses ont pris l'habitude de faire des tris supplémentaires par rapport à ceux prévus sur leur poste. Elles stockent alors ces catégories de vêtements par terre autour d'elles. Ce qui les oblige à reprendre ces tas de vêtements à la main en fin de poste ou lors d'un arrêt tapis pour les donner aux collègues concernées. Cette entraide non formalisée se fait au bon vouloir des trieuses en fonction des affinités entre collègues qui opèrent sur le tapis; elle occasionne des ports de charges supplémentaires et des postures pénalisantes quand il faut se pencher pour ramasser les tas de vêtements ou porter des contenants ajoutés sur le côté des opératrices.

Bilan 

Plusieurs pistes d'action ont pu être apportées, au nombre desquelles la polyvalence entre les postes de craqueurs réservés aux hommes car considérés comme pénibles et les postes de tri sur le tapis. L'aménagement des postes de craqueurs à la fois sur l'emplacement des différents contenants et le dimensionnement du poste permettrait d'y rendre le travail moins contraignant. Plusieurs femmes aujourd'hui trieuses sont partantes pour occuper le poste de craqueurs. Cette polyvalence sur l'ensemble du processus de tri apporterait une meilleure connaissance des contraintes respectives et pourrait éviter les cercles vicieux décrits précédemment. Le service de santé au travail, impliqué dans la démarche, accompagnera l'entreprise sur l'aménagement de ce poste.

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