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Sinistralité au travail en France : une évolution différenciée entre les femmes et les hommes entre 2001 et 2019

L'Anact a analysé les évolutions des accidents du travail, de trajet et des maladies professionnelles pour les femmes et les hommes du secteur privé sur la période de 2001 à 2019. A partir des données de sinistralité de l'Assurance maladie - Risques professionnels, cette photographie statistique met en lumière l’évolution sur 19 ans des indicateurs de santé au travail selon le sexe. Principaux résultats et chiffres clés.

Sinistralites_ATMP

La baisse globale des accidents de travail depuis 2001 masque la hausse des accidents de travail pour les femmes

En 2019, sur 19,6 millions de salarié-e-s du secteur privé, les accidents du travail concernent 650 715 personnes, dont 62,7% d’hommes et 37,3% de femmes. 

Les activités de service (santé, action sociale, nettoyage, travail temporaire) comptabilisent le plus d’accidents du travail pour les femmes avec plus de 106 000 accidents reconnus. Dans ce secteur où les effectifs salariés ont augmenté de 22% sur la période 2001-2019, on constate une hausse de 110% des accidents de travail pour les femmes.

Le secteur le plus accidentogène pour les hommes demeure le BTP avec plus de 86 000 accidents de travail reconnus. Sur la période 2001-2019, on constate une baisse dans ce secteur de près de 30% des accidents du travail pour les hommes, tandis que l’augmentation globale des effectifs salariés est de 40%.

L’analyse de la gravité des accidents de travail en 2019 indique qu’en moyenne les femmes sont arrêtées plus longtemps que les hommes : 73,8 journées perdues par accident pour les femmes et 67,9 journées perdues par accident pour les hommes, dans tous les secteurs, sauf le BTP. Les hommes subissent plus fréquemment des accidents de travail que les femmes : en 2018, pour un million d’heures rémunérées, les hommes ont subi 24 accidents de travail et les femmes 18. Depuis 2001 le taux de fréquence des accidents de travail des hommes diminue tandis que celui concernant les femmes augmente. Les accidents de travail mortels en 2019 sont 11 fois plus nombreux pour les hommes et augmentent pour les femmes (+41%) et les hommes (+35%) depuis 2013.

Alors que les effectifs salariés ont augmenté depuis 2001 (+13,5%), la baisse globale des accidents du travail (-11,1%) constitue une avancée encourageante, notamment pour les hommes (-27,2%). Mais elle masque la progression continue des accidents du travail pour les femmes (+41,6%). 

On observe toutefois que depuis 2013, le nombre total d’accidents de travail a augmenté de 6,1%, avec une augmentation de 18,3% pour les femmes, tandis que le nombre d’accidents pour les hommes se stabilise à -0,1%.

Evolution des accidents du travail selon le sexe entre 2001 et 2019

Les maladies professionnelles reconnues progressent plus rapidement pour les femmes depuis 2001

Quasiment autant de femmes (50,3%) que d’hommes (49,7%) ont déclaré une maladie professionnelle reconnue par la Cnam en 2019. Il s’agit très majoritairement de troubles musculo-squelettiques. 

En 2019, deux secteurs d’activités totalisent 59,3% des maladies professionnelles pour les femmes : 

  • santé, action sociale, nettoyage et travail temporaire,
  • services, commerces et industries de l’alimentation dont supérettes, supermarchés et hypers.

Les hommes sont les plus atteints de maladies professionnelles dans les secteurs du BTP et de la métallurgie qui totalisent 49% des maladies professionnelles déclarées et reconnues pour les hommes.

Les maladies professionnelles reconnues sont en augmentation très forte et constante pour les hommes et les femmes depuis 2001 : +108%. De 2001 à 2019, elles progressent nettement plus rapidement pour les femmes (+158,7%) que pour les hommes (+73,6%). On constate toutefois depuis 2013 une stabilisation du nombre de maladies professionnelles reconnues pour les 2 sexes.

Evolution des maladies professionnelles selon le sexe entre 2001 et 2019

 

Les accidents de trajet avec arrêt stagnent pour les hommes et sont en progression pour les femmes depuis 2001

En 2019, les accidents de trajet avec arrêt continuent à progresser et concernent nettement plus les femmes (54,2%) que les hommes (45,8%).

Dans les activités de services (santé, action sociale, nettoyage et travail temporaire et banques, assurances, administrations), les accidents de trajet des femmes sont deux fois plus nombreux que ceux des hommes. 

Dans le secteur des services, commerces et industries de l’alimentation dont supérettes, supermarchés et hypers, les accidents de trajet concernent autant de femmes que d’hommes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nombre d’accidents de trajet augmente de 14,8% depuis 2001 avec une légère diminution pour les hommes (-1,5%) et une nette progression pour les femmes (+33,6%).

Evolution des accidents de trajet selon le sexe entre 2001 et 2019

Les accidents de trajet mortels en 2019 sont près de 5 fois plus nombreux pour les hommes et en diminution pour les hommes et les femmes de 4% environ depuis 2013.

 

Prendre en compte l'impact différencié à l'exposition au risque en fonction du sexe

Cet éclairage selon le sexe des statistiques de santé au travail met en lumière des tendances dans la durée et appelle à davantage d'efficacité et d'efficience dans la prévention des risques professionnels, notamment dans les secteurs à prédominance féminine. En effet, dans les secteurs de la santé et du social, du nettoyage et de l’intérim, du commerce et industries de l’alimentation, les femmes exercent des métiers et occupent des postes de travail où les risques professionnels sont vraisemblablement sous-évalués et où les politiques de prévention sont encore insuffisamment développées.

L’amélioration de la prévention pour tous et toutes doit se concrétiser, comme le stipule désormais le Code du travail, en premier lieu par la prise en compte par les entreprises de "l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe" dans la rédaction du document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Une telle évolution est d'autant plus urgente que dans cette période post-pandémique, les enjeux d'attractivité des conditions de travail ou d’emploi sont au cœur des problématiques des secteurs qui peinent à recruter.

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