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Réussir un projet de conception et d’aménagement en PME : l’enjeu des conditions de travail

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Tout projet d’aménagement et de conception de bâtiment est à penser en cohérence avec la stratégie de l’entreprise. Le résultat de tels projets ne se traduit pas uniquement par un bâti, mais avant tout par l’usage qui en sera fait par les salariés. Aussi la conduite de projet doit intégrer l’usage futur des locaux. Entretien avec Christian Martin, ergonome, spécialiste de la conduite de projets architecturaux.

Tout projet d’aménagement et de conception de bâtiment est à penser en cohérence avec la stratégie de l’entreprise. Le résultat de tels projets ne se traduit pas uniquement par un bâti, mais avant tout par l’usage qui en sera fait par les salariés. C’est une opportunité pour repenser l’organisation du travail et améliorer la performance de l’entreprise et les conditions de travail.

Entretien avec Christian Martin, ergonome, spécialiste de la conduite de projets architecturaux et co-auteur du guide Anact "Réussir un projet de conception et d’aménagement en PME : l’enjeu des conditions de travail".

L’organisation et les conditions de travail sont le fil rouge de ce Guide. Pourquoi sont-elles si importantes à prendre en compte pour agrandir ou transformer les locaux d’une entreprise ?

Oublions un instant le travail et pensons seulement architecture… j’ai en tête l’exemple de cette menuiserie qui a gagné un grand concours européen pour son projet architectural. Les verrières sont magnifiques mais sont une catastrophe pour les hommes et les matériaux qui supportent mal les fortes chaleurs. L’atelier conçu d’un seul tenant est un espace qui ne permet ni le stockage du bois en amont, ni celui des produits finis avant l’expédition.

Vous voulez dire qu’être beau ne suffit pas, il faut aussi être utile ?

"On peut le dire comme cela, mais sans chercher de bouc émissaire. En fait, ce qui est important, c’est de savoir pourquoi on se lance dans un projet de ce type. Le projet architectural n’est que le résultat "en dur" d’une réflexion sur un projet d’investissement plus global. Nombreuses sont les questions qui doivent trouver des solutions pratiques : Quels seront les usages des locaux comment les salariés vont y travailler ? Comment les hommes et les matériaux vont-ils circuler ?"

L’usage est donc le critère numéro 1 pour valider la pertinence d’un aménagement ou la construction d’un nouvel espace ?

D’autant plus qu’il est une réelle opportunité d’améliorer la performance et les conditions de travail. Si l’on fait l’impasse sur ces sujets, on s’expose à des retards, des surcoûts, des baisses de qualité et de productivité, une dégradation du climat social. En fait, il faut d’abord penser plus globalement, plus stratégie avant de penser aux murs.

Vous pensez à la stratégie commerciale ?

Oui, mais plus largement à la politique de développement, à la stratégie d’investissement. Je me souviens, par exemple, de ce Centre de Sport qui voulait construire un immense gymnase pour permettre aux athlètes de s’entrainer. En interrogeant les responsables, nous nous sommes rendus compte qu’ils avaient plutôt besoin de plusieurs petits lieux adaptés à chaque discipline. C’est à l’entreprise de définir ses besoins au travers de la réalité du fonctionnement et non des envies des uns ou des autres. L’architecte peut ensuite traduire ces besoins et répondre au mieux aux attentes.

Une fois le projet cerné, les premiers écueils évités, y a-t-il d’autres pièges ?

Le guide est là pour les signaler. Il s’articule autour de grands principes que nous avons éprouvés avec de nombreuses entreprises : ne pas déléguer la maîtrise d’ouvrage, s’appuyer sur les utilisateurs tout au long du projet avec méthodes et non pas seulement en leur demandant leurs besoins, faire des simulations du travail futur à l’aide d’une maquette par exemple… Et aussi, prendre le temps de la réflexion en amont pour ne pas le perdre en demandant à l’architecte de refaire 4 fois ses esquisses ou en faisant sans cesse des « petites modifications », soit disant normales, au moment de la montée en puissance.  

Le temps est toujours l’ennemi à abattre ?

La question est souvent soulevée. Oui, car les entreprises subissent une pression très grande sur les délais. La tentation est grande de s’affranchir de l’analyse du travail et de son organisation, mais bien des « aventures » montrent que le risque encouru peut aussi coûter très cher. La crainte des retards par rapport aux échéances du projet existe. Prendre en compte le travail influence moins la durée totale du processus de conception que sa structure temporelle.

Propos recueillis par Sylvie Setier

 

Lire aussi :

"L’enjeu d’une approche ergonomique : éviter que des moyens de travail ne soient mis en place à partir de représentations erronées de l’activité

" - Interview de Christian Martin publiée dans le n° 313 de Travail & Changement.