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Quelles représentations de la pénibilité pour élaborer une politique de prévention efficace ?

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Cas entreprise Mecabourg

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1113
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Dans cet établissement, moins de la moitié des salariés se plaint de situations de pénibilité. La direction, qui dans ce cas n’est pas tenu de signer un accord d’action de prévention, a pourtant décidé d’engager un diagnostic de la pénibilité dépassant largement les critères mentionnés dans la loi. La mise en œuvre des actions élaborées en commun par tous les acteurs a abouti à une appropriation par ceux-ci de la démarche de prévention. Un outil a réellement motivé la participation des différents personnels : le Diagnostic photo dans l’entreprise.

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Qui ? 

La structure dans laquelle est intervenue l’Aract Basse-Normandie est un Institut médico-éducatif (IME) qui accueille plus de 120 garçons et filles, âgés de 7 à 20 ans et présentant des difficultés de développement. Donner de l’autonomie aux jeunes en les ouvrant vers l’extérieur grâce à une méthodologie de projet (d’établissement, de service, individuel) en s’appuyant sur une équipe pluridisciplinaire, tel est l’objectif premier de l’établissement. Pour cela, les professionnels proposent des activités à la fois pédagogiques, d’apprentissage pré-professionnel, éducatives et thérapeutiques

Quel était le problème à régler ?  

Dans le cadre des évolutions réglementaires récentes en lien avec la réforme des retraites, la direction a réalisé un diagnostic de la pénibilité au sein de son établissement. Celui-ci fait apparaître que moins de 50% de l’effectif serait soumis aux facteurs de pénibilité mentionnés dans la loi. Aucune obligation donc de rédiger un accord ou un plan d’action de prévention de la pénibilité. Cependant, consciente que la pénibilité ne se résume pas aux dix facteurs présents dans les décrets, la direction a souhaité une aide extérieure pour l’aider à réaliser un diagnostic l’aidant à prévenir l’usure professionnelle de ses salariés.

Qu’ont-ils fait ?  

La démarche menée dans cette structure s'est déroulée en 3 temps: une première phase de recueil et de traitement de données (RH, Santé, « Production »), qui a donné lieu à une restitution intermédiaire en comité de pilotage; une phase d'analyse des situations de travail en groupes de travail, et une phase de restitution lors de laquelle les pistes d'action, issues des réflexions des groupes de travail, ont été soumis au comité de pilotage.



La restitution des données analysées a permis au comité de pilotage de prendre conscience de plusieurs choses : 1- Si le cœur de métier est centré sur l’éducatif, il ressort que 50% de l’effectif est composé de professionnels qui sont sur d’autres champs (thérapeutes, administratifs, équipes techniques…).

2- L’analyse de l’absentéisme a montré que certains services, unités, métiers étaient plus touchés que d’autres par les arrêts maladie.

3- L’activité a changé avec les caractéristiques des enfants accueillis et leurs conditions d’admission (les IME se doivent de les garder même au-delà de 20 ans, et les listes d’attentes s’allongent).



Le comité de pilotage, composé de membres du CHSCT, de représentants de la direction et des responsables de services, a ainsi pu décider où et avec qui continuer les investigations et mener les analyses des situations de travail. Un service éducatif plus Internat a donc été choisi auquel s’est ajouté le métier de « femmes de ménage ».



Afin d’analyser les déterminants de la pénibilité et de l’usure professionnelle des salariés concernés, la méthode du Diagnostic photo a été mise en œuvre. Elle a consisté à demander aux membres des groupes de travail (directeur adjoint, secrétaire CHSCT, un(e) salarié(e)) de prendre 2 à 3 photos maximum de ce qui génère ou caractérise pour elles/eux la pénibilité.

Ces photos ont ensuite été présentées et analysées en groupes de travail (2 par situations analysées). Dans un premier temps, ces photos ont permis de faire émerger les principales contraintes (qu’elles soient d’ordre technique ou organisationnel), mais elles ont aussi permis de discuter des ressources présentes. Dans un second temps, un travail de co-construction des plans d’action à mener a été effectué.

Dans le premier groupe de travail (service éducatif plus internat), une photo du planning a ainsi été débattue et a mis en avant la fatigue générée par certaines rotations au niveau de l’internat, notamment en fin de semaine. Celui-ci, jusqu’à présent construit par la responsable de service, a fait l’objet de propositions pour sa construction future, avec les principaux intéressés, en tenant mieux compte des contraintes.

Dans le deuxième groupe (femmes de ménage), des photos ont été prises à l’extérieur des bâtiments, d’autres se sont centrées sur les bidons de produits utilisés. La question de l’accessibilité des bâtiments, ajoutée à celle du poids des charges transportées, a poussé à réfléchir sur l’aménagement des espaces mais aussi sur la taille des bidons à acheter ou encore sur l’organisation de l’acheminement du matériel dans les bâtiments (profiter des déplacements des techniciens avec leur remorque pour déposer le matériel en début ou fin de semaine, par exemple).



Le comité de pilotage s’est réuni une dernière fois afin d’assister à la présentation des plans d’action issus des groupes de travail. Certains ont été validés directement, d’autres ont nécessité un temps de réflexion, voire des investigations complémentaires.

Avec quels effets ?  

Si cette structure était un peu hésitante au lancement de l’intervention sur l’utilisation d’un outil de simulation 3D numérique, ses craintes se sont vite envolées. En effet, il ressort de cette intervention que l’outil 3D permet une appropriation du projet beaucoup plus rapide que les seuls plans de masse souvent utilisés lors des projets de conception.

Ainsi, le projet a pu avancer plus vite que prévu, ce qui a aussi permis d’élargir le champ d’investigation relativement restreint à l’origine à des aspects très techniques.

Il est à noter qu'au-delà de l’aspect volumétrique apporté par la 3D, l’aspect dynamique de ce type d’outil est un vrai « plus » pour les entreprises engagées dans ce type de démarches. En effet, il est souvent difficile d’objectiver les problématiques liées aux flux et à la gestion de production. Dans le cas présent, l’outil utilisé a permis de prendre conscience de problématiques de conditions de travail en aval du process générées par des dysfonctionnements présents en amont. Si cette structure s’était arrêtée à ce qu'indiquait son diagnostic initial sur la pénibilité, elle aurait pu ne rien faire et se contenter d’être en règle avec la loi.

Consciente des enjeux que représente la prévention de l’usure professionnelle, elle n’a pas voulu en rester là. En effet, le stress au travail est un des facteurs majeurs de pénibilité dans ce type d’activité; or, les déterminants de ce stress ne sont pas toujours faciles à appréhender.

Passer par un objet transactionnel comme la photo a permis aux différents acteurs de la structure de confronter leurs propres représentations de ce qu’est ou de ce qui génère de la pénibilité au quotidien. Les photos prises ont d’ailleurs été différentes selon les individus.



Cette intervention a permis de professionnaliser les acteurs en charge de la prévention dans l’entreprise (direction, CHSCT, salariés eux-mêmes) grâce à des outils simples et reproductibles en toute autonomie. Enfin, elle a permis d’élargir l’analyse des conditions de travail à des métiers qui ne font pas partie du cœur de métier de l’établissement, mais qui participent aussi au bon fonctionnement de celui-ci.

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