Vous êtes ici

Quand la pénibilité n'est pas affaire de sexe

Bloc des outils de page

Envoyer la page par email
Égalité professionnelle

A propos

Référence
729
Catégorie
Secteur d'activité
Code APE
Région
Cet imprimeur se trouve confronté à l’apparition de pathologies et à l’absentéisme de son personnel sur les postes de finition majoritairement occupés par des femmes. La pénibilité intrinsèque de ces postes et l’absence d’évolution professionnelle expliquent ce phénomène.

Ajouter à ma liste de lecture

Description 

Cette imprimerie appartient à un groupe composé de cinq sociétés qui maîtrise la chaîne de l’édition, depuis l'impression "classique" et numérique jusqu'au routage. Le site de production comprend deux ateliers : l'impression et la finition. Cette dernière consiste à assembler les cahiers précédemment imprimés à l'aide de machines de collage qu'il faut alimenter en cahiers et en couvertures à différents stades du process.

Demande 

Pour faire face à une recrudescence de plaintes de salariés concernant des douleurs et afin de conjuguer augmentation de la productivité et amélioration des conditions de travail, l’entreprise a décidé de mener une réflexion sur les postes générateurs de pathologies, particulièrement les colleuses. Elle souhaite comprendre pourquoi les pathologies apparaissent.

De plus, l'absentéisme des femmes est en hausse constante depuis quelques mois, ce qui focalise l'attention de l'entreprise sur cette population

Démarche 

A première vue, on pourrait imputer la dégradation des indicateurs santé, et par ricochet celle des indicateurs de production, aux femmes, puisque ce sont elles qui sont touchées par des pathologies et un fort absentéisme.

Mais le problème est-il lié au sexe ou à l’ancienneté ? En effet, les indicateurs mettent aussi en avant l’ancienneté importante des femmes concernées par des arrêts longs. Il faut donc étudier la situation de manière objective, afin de dépasser certains constats générés par une analyse trop rapide des données immédiatement disponibles.



Obtenues, d’une part, au travers d’un questionnaire rempli anonymement par les salariés, et, d’autre part, par les chiffres de l’absentéisme, les données de santé permettent de confirmer la prédominance du phénomène dans l’atelier finition. Sur cinq ans, ce dernier a généré 35 % des arrêts alors qu'il représente 27 % des effectifs.

Le métier d'aide-finition semble particulièrement touché. Représentant 39 % de l'effectif, il génère 68 % des arrêts maladie, 88 % des accidents de travail et 100 % des maladies professionnelles reconnues dans l'atelier.

L'analyse des questionnaires montre que les pathologies apparaissent différemment chez les femmes et chez les hommes. Elles touchent les premières après 40 ans et les hommes jeunes, ce qui reflète la structure d'âge de l'atelier.



Les femmes et les hommes ne tiennent pas les mêmes postes et sont donc confrontés à des conditions de travail différentes. En l'occurrence, le poste d'aide finition est majoritairement l’apanage des femmes alors que les postes de conduite machines sont exclusivement masculins. Or, l’aide à la finition s’avère structurellement pénible du fait des sollicitations posturales fortes liées à l'aménagement spatial et aux types de produits travaillés, des efforts importants dus au port de charges lourdes (jusqu'à 11 tonnes par jour pour un opérateur) et de la façon dont les ateliers amonts conditionnent les cahiers.



L’absence de parcours professionnel pour les femmes se révèle être également un facteur déterminant essentiel à l'apparition de pathologies. En effet, la majorité des femmes de cet atelier n'ont pas bénéficié d'évolution de carrière et sont donc soumises à la pénibilité depuis plus de quinze ans, voire plus de 25 ans pour une bonne partie d'entre elles. Dans le même temps, les hommes, dont certains ont été embauchés sur ce même poste, ont rapidement évolué vers la conduite de machines, où la pénibilité est beaucoup moins pathogène.

Bilan 

Certaines solutions avaient déjà été mises en œuvre et d'autres étaient en phase de test dans l'atelier, pour réduire la pénibilité physique des postes d'aides-finition (hauteur des palettes, poids des cahiers, stockage des palettes...).



La démarche a permis de changer la représentation des acteurs de l'entreprise, notamment sur la pénibilité des postes (la conduite était jugée pénible sur des critères historiques ne correspondant plus à la réalité actuelle) mais aussi et surtout sur les femmes. En effet, l'entreprise a pris conscience que l'absentéisme des femmes et l'apparition plus importante de pathologies chez ces dernières n'étaient pas liés à leur sexe mais aux conditions de travail spécifiques qui leur étaient réservées, et à une absence totale de parcours professionnels.



Quelques mois après l'intervention, un poste de conducteur/trice d'assembleuse a été créé. Ceci a eu pour conséquence de reconnaître les compétences détenues par les femmes et de les faire évoluer vers un poste à plus forte responsabilité. La question de l'évolution des femmes vers d'autres postes est encore en suspens mais n'est pas abandonnée, car l’entreprise a pris conscience des enjeux, notamment pour faire face au vieillissement de sa population. Un accompagnement spécifique de l'entreprise sur ces questions est prévu.

Méthodes et outils associés

1
2
3
Ressources Prévention du sexisme au travail

Repères pour évaluer les risques, outils de sensibilisation, pistes d'action en matière d'organisation du travail...

Comment analyser le travail avec la méthode des « situations-problème »

La méthode « situation-problème » permet aux équipes de travail de mieux comprendre, résoudre et prévenir les situations de tensions, de difficulté

jeu-essentiels-ep

Où en êtes vous dans votre entreprise en matière d'égalité professionnelle ?

Se former

Cette formation permet d’acquérir les bases méthodologiques dans le but d'analyser les données...

Cette formation permet de préparer les acteurs concernés à la négociation d’un accord...

close