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Propreté. La ville de Rennes expérimente le travail de jour

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Une nouvelle organisation du travail a permis à des agents de propreté d’une municipalité de travailler en journée et de mieux concilier vie professionnelle et personnelle.

« Le temps des villes et ses inégalités » : sous l’impulsion de l’ancien maire Edmond Hervé, la municipalité de Rennes a engagé cette réflexion dès le début des années 2000. « Il y avait une catégorie de personnel au centre de cette problématique : les agents d’entretien des bureaux », rappelle Gilles Suignard, directeur général des services.

« Occupés à 90 % par des femmes, ces métiers peu valorisés connaissaient des difficultés d’organisation car la ville est mal adaptée à leur temps, avec notamment l’absence de bus pour se déplacer au petit matin, poursuit-il. Fallait-il adapter la ville à cette organisation ? C’est au contraire le travail que nous avons souhaité organiser. »

Entretiens individuels

Le taux d’absentéisme, alors de 25 à 30 %, et un turn-over important témoignent des difficultés ressenties. Les agents travaillent souvent avec des horaires fractionnés et terminent leur journée aux alentours de 20 h 15. Une démarche est ainsi engagée auprès du service, avec l’objectif d’améliorer les conditions de travail, de favoriser la reconnaissance du métier et de permettre aux agents de mieux concilier vie professionnelle, personnelle et familiale. Pendant dix-huit mois, des entretiens individuels sont menés dans les 47 sites où les agents de propreté des locaux interviennent. Une fiche descriptive de chacun des lieux visités est aussi rédigée.

Deux tranches horaires

Une nouvelle organisation est testée d’abord sur un site, puis sur six, avant d’être étendue à l’ensemble des bureaux à partir de 2004. Désormais, les agents interviennent en journée. Le planning tient compte des contraintes inhérentes à certains lieux, comme les bibliothèques qui ne sont nettoyées qu’en l’absence du public. De façon générale, le temps de travail s’organise autour de deux tranches horaires, soit entre 7 h 30 et 15 h 30, soit entre 10 h 45 et 18 h 45. Le travail en binôme est par ailleurs favorisé, afin de lutter contre l’isolement et d’apporter une meilleure sécurité dans le travail.

« Un changement culturel était nécessaire, observe Gilles Suignard. Il fallait faire accepter que quelqu’un intervienne dans les bureaux alors que vous êtes en train de travailler. D’où l’importance du pilotage d’un tel dossier. Il faut une intervention forte du sommet, du système décisionnel pour prendre à bras-le-corps le sujet et le porter jusqu’au bout. »

La nouvelle organisation a fait chuter l’absentéisme de 45 %. Une étude interne a aussi montré que la productivité avait dans un même temps augmenté de 15 %, de 2003 à 2007, passant ainsi la surface nettoyée de 154 m2/heure à 180 m2/heure. « Ces agents faisaient partie des invisibles de notre administration, le fait de les voir travailler a tout changé », déclare aussi Gilles Suignard, qui se félicite que les agents soient par exemple dorénavant invités lors des pots de convivialité. « On considère souvent qu’il n’y a pas de problématique d’égalité professionnelle dans la fonction publique, reconnaît-il. Les gens sont recrutés sur concours. On est en pleine méritocratie républicaine. » Selon lui, il ne faut ainsi pas hésiter à en passer par des statistiques sexuées pour poser d’abord un diagnostic. Et pouvoir, le cas échéant, corriger les tendances négatives.

Caroline Delabroy, journaliste (article paru dans le n°348 de la revue Travail & changement)

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