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Préparateurs de commandes : quelles pistes de prévention ?

La logistique connaît un fort développement : plus de 30 % d’activité en 6 ans. Mais le secteur a aussi enregistré dans le même temps une augmentation de 4,5 % du taux de gravité des accidents du travail. Avec un taux de sinistralité élevé. L’Anact, Aravis, la CARSAT, la DIRECCTE Rhône Alpes, SST Rhône Alpes et l’INRS se sont mobilisés pour organiser le colloque "Préparateurs de commande : quelles pistes de prévention ?".

Le secteur de la logistique connaît un fort développement : plus de 30 % d’activité en 6 ans. Soumis à de fortes contraintes (exigences fortes de la part des clients en termes de qualité et de délais) le secteur est engagé dans des démarches d'innovation et de modernisation des équipements et de l'activité de travail. Les évolutions technologiques récentes, comme par exemple l'introduction de la commande vocale ou voice-picking, peuvent permettre de gagner en productivité, mais ont des impacts contrastés sur les conditions de travail des préparateurs.

Les statistiques AT/MP du secteur montrent une augmentation de 4,5 % en 6 ans du taux de gravité des accidents du travail. Avec un taux de sinistralité élevé. Ainsi  Rhône Alpes cumule , sur ces 400 établissements ; plus de 1000 AT/An pour 10 000 salariés, plus de 60 000 jours perdus qui correspondent à 3 % des effectifs.  Les taux de gravité des accidents dans le secteur de la logistique  Rhône Alpes sont entre 3, 5 et 4, 5 fois supérieurs à la moyenne de tous les secteurs, avec des cotisations qui représentent entre 3,1 et  4.7 % de la masse salariale. Le préparateur de commande est un des métiers les plus exposés aux accidents et aux maladies professionnelles. En effet, 50% des accidents du travail sont liées à de la manutention manuelle et les troubles musculosquelettiques représentent 90% des maladies professionnelles.

Au regard de ces chiffres, entamer une réflexion sur les facteurs de risques professionnels du secteur et de ses métiers et développer des actions préventives devient impératif.

Conscients des enjeux, l’Anact, Aravis, la CARSAT,  la DIRECCTE Rhône Alpes, SST Rhône Alpes et l’INRS se mobilisent. Ils ont notamment ont organisé le colloque "Préparateurs de commandes : quelles pistes de prévention ?".

La journée s'est articulée en de :

  • Poser un diagnostic de l’activité de travail du préparateur et des risques auxquels il est exposé. Faire également parler les statistiques détaillées en matière d’accidents du travail et de maladies professionnelles.
  • Identifier les leviers de la prévention par la  présentations de pistes concrètes expérimentées ou possibles en matière d’organisation du travail, d’aménagement, ou de choix d’équipements.

Revivez l'intégralité du colloque en vidéo

De nouvelles vidéos du colloque sont publiées chaque jour.

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Préparateur de commande : activités, risques et effets sur la santé

Virgine GOVAERE, chargée de mission à l’INRS, a présenté une analyse des tâches et des risques du métier de préparateur de commande. Les modes de guidage varient selon les entrepôts : listing papier, radio ou voice picking. Les compétences principalement requises relèvent de la capacité à prélever les colis en adéquation avec la commande du client, à stabiliser les palettes en fonction de leur volume, à effectuer un contrôle qualité. La quantité de colis acheminée assure le niveau de productivité. Les déplacements et la préparation des colis représentent respectivement 40 % du temps de travail, les tâches annexes 15 à 20 %. Les contraintes sont liées à la manutention, au mode d’implantation des marchandises, à l’utilisation des technologies, à la conduite, au type de marchandises, à l’environnement (le froid, le bruit, la chaleur). Les salariés sont potentiellement exposés à des risques de lombalgies, de troubles musculosquelettiques (TMS), de risques psychosociaux (RPS) mais aussi à des accidents liés au travail de plain-pied ou en hauteur, aux collisions et aux coupures.

Philippe Morand, technicien conseil industrie dans le secteur Drôme-Ardèche à la CARSAT dresse un bilan des AT/MP dans le secteur de la logistique de la région Rhône-Alpes. Il montre à quel point le secteur de la logistique est singulièrement exposé à des problèmes de santé/sécurité au travail. L’indice de fréquence, c’est à dire le nombre de jours d’arrêt de travail annuels par salarié, est de 60% contre 25% au niveau national. Le taux de gravité des accidents du travail est aussi particulièrement élevé. Les maladies professionnelles, notamment les TMS, ont augmenté de 10 % depuis 2008. P.Morand souligne l’importance du coût d’un accident du travail pour l’entreprise.

Martine BREYSSE et Isabelle GILLARD, médecins du travail à l’AST Grand Lyon, ont présenté les résultats d’une enquête auprès de 20 confrères de Rhône-Alpes, permettant de dresser un profil du préparateur de commandes dans la région.

L'intervention de Cédric VITAL, coordinateur régional au département Prévention Sécurité chez Adecco a mis en évidence l'exposition particulière de la population intérimaire, qui enregistre un taux de sinistralité singulièrement élevé. Les statistiques présentées sont également très parlantes. Pour cette population essentiellement composée de jeunes travailleurs débutant dans l’emploi, Cédric Vital a marqué la nécessité de travailler sur une meilleure connaissance du métier.

Pistes d’actions pour la prévention en plate forme logistique

Romain CHEVALLET, chargé de mission Anact, a présenté les leviers de prévention et dessiné des pistes d’action. Elles sont multiples, du fait d’une pluralité des facteurs de risques liés aux activités de manutention, de filmage, de conduite, de prise d’information. Il est ainsi nécessaire de reconsidérer l’environnement physique, l’utilisation des matériels roulants, la conception des équipements individuels, Mais la réflexion doit aussi et surtout portée sur :

  • l’organisation du travail  ( les rythmes, les horaires, l’ordonnancement, la répartition des activités, l’entraide entre les préparateurs et les caristes, les marges de manœuvre qui permettent de mettre de soi dans son travail)
  • les modes d’évaluation et de rémunération des personnels
  • la mise en place des indicateurs de santé appropriés à l’activité de travail du préparateur

Le document unique offre une opportunité de discussion et de mise en cohérence des leviers de prévention.

Agir sur l’aménagement

Virginie GOVAERE pointe les risques inhérents aux positions penchées. Une analyse détaillée a été effectuée  dans plusieurs entrepôts afin d’identifier les différentes postures du préparateur au regard des activités de travail. Au final, sur sept heures de travail un préparateur passe 25% de son temps en situation penchée.

Eric GOUZI, médecin du Travail, intervient sur l’aménagement des racks. Il met en relief les difficultés liées à l’utilisation de racks statiques, générateurs de TMS et potentiellement accidentogènes. Les racks dynamiques, s’ils prennent davantage d’espace sur les picking, assurent un niveau de sécurité supérieur pour les préparateurs.  Leur organisation se fait en couloirs dynamiques pour un stockage dense des charges. Ils s'adaptent aux charges lourdes mais aussi aux légères. Le stockage se fait sur la profondeur et leur mise en œuvre est automatique.

Philippe MORAND  de la CARSAT Rhône-Alpes travaille actuellement avec le secteur de la grande distribution afin de réduire la hauteur des palettes et le poids des colis. Des recommandations spécifiques devraient être rendues publiques en fin d’année avec une perspective d’obligation en 2012. Il présente dors et déjà des pistes pour limiter la pénibilité physique des préparateurs liée à la manutention.

Agir sur l’organisation du travail

C.Varvier, directeur du site Technopole d’EASYDIS, filiale logistique du groupe Casino, attire notre attention sur la façon d’influer sur le process en matière de prévention. La prévention est avant tout une attention toute particulière portée aux problèmes que recontrent les salariés et aux solutions proposées. Les métiers de la logistique sont en perpétuelle évolution, les actes de prévention sont donc à renouveler régulièrement. Easydis a identifié qu’environ deux tiers des accidents du travail étaient liés à des manutentions manuelles. Un programme de prévention, Cap Prévention en collaboration avec la CRAM, a été bâti sur la base de réunions d’informations et d’échanges de points de vue entre salariés et direction.

Si des actions immédiates peuvent être facilement engagées, d’autres nécessitent un investissement s’inscrivant dans un plan de prévention annuel. Une semaine par mois, douze salariés, dont deux intérimaires, sont entendus sur leur vécu en termes de prévention. En un an, 80 % de salariés auront ainsi pu s’exprimer. Un support permettant d’évaluer les risques et d’apporter des solutions a été élaboré avec une cotation des risques prenant en compte la fréquence, la gravité, les niveaux d’organisation et de formation. Après un an de cette démarche de prévention, on constate une baisse de 25 % de l’absenteisme liée aux AT, et une baisse du taux de gravité de 1,10 points.

Un autre plan d’action mené par la CRAM de la Loire et la médecine du travail, "TMS 42", s’est également appuyé sur l’écoute des salariés et l’observation des situations de travail comme nous l’explique Eric Gouzi, médecin du travail. La démarche consiste à mutualiser les compétences de différents acteurs pour prévenir le risque de TMS. Un groupe de douze personnes a été constitué (médecins du travail, techniciens de Carsat, des IPRP ergonomes, salariés) dont la réflexion a abouti à la mise en œuvre de formations action. Celles-ci concernent dorénavant près de 3000 salariés de 21 entreprises tous secteurs confondus dans le sud de la Loire.

Virginie GOVAERE explique l’impact du passage du listing au guidage vocal (radio ou au voice picking). Il s’agit de gagner en performance en évitant au maximum l’inversion des colis et de renforcer la traçabilité. La productivité est augmentée, de fait, car chaque opération s’en trouve raccourcie. Les contraintes physiques, le rythme, la cadence, le poids des colis, l’exposition sonore, la fatigue visuelle augmentent tandis que le savoir-faire métier baisse. A partir du modèle de Karasek, on a mesuré l’impact de ces technologies sur les conditions de travail. Les salariés font part de leur insatisfaction après quelques mois d’utilisation. A la lecture de ces résultats, il s’avère nécessaire de travailler sur l’organisation du travail en amont, avant d’envisager l’installation de tels outils. L’aménagement des racks, l’implantation des machines, l’approvisionnement, l’ambiance visuelle et sonore doivent également être pensés en amont. Il est également important de concéder une certaine liberté au salarié dans la gestion de leurs palettes et de lui donner une certaine marge de manœuvre professionnelle

Agir sur les équipements

Virginie Govaere, et Eric Gouzi ont présenté des solutions d’aides au filmage. V. Govaere a rappellé les enjeux de prévention liés à cette activité, avant de présenter les avantages et limites de l’utilisation de solutions de filmage automatique ou semi automatique. L’avantage des filmeuses mobiles est mis en évidence, et certaines conditions d’utilisation sont identifiées : stabilité et qualité de la palette, nombre suffisant de filmeuse, possibilité de poursuivre la préparation après un premier filmage,…Eric Gouzi a présenté une solution de filmage mobile en cours d’expérimentation chez Easydis, et qui semble aujourd’hui répondre aux contraintes de l’activité de préparation.

Martine Breysse, médecin du travail à l’AST Grand Lyon, a présenté un retour d’expérience sur l’utilisation d’un dépalettiseur. La prise de palettes se fait souvent manuellement, multipliant les facteurs de risques : dorsalgies liés au poids, accidents liés à l’escalade des palettes ou aux chutes de marchandises. Après de nombreux accidents liés aux manipulations de palettes dans un entrepôt de la grande distribution, l’entreprise s’équipe d’un dépalettiseur. Il permet de stocker et de déplacer 15 à 30 palettes. D’utilisation simple, il permet de prévenir les risques pré-cités donc d’améliorer les conditions de travail tout en augmentant la productivité. Mais il nécessite également de prendre en compte certaines contraintes : un zone dédiée de 6m, un sol toujours propre, la constitution de piles de stockage parfaites, un entretien régulier de la machine, une formation adaptée pour les opérateurs…

Aides à la manutention

Philippe Morand, a présenté plusieurs solutions d’aide à la manutention expérimentées ou en cours d’expérimentation comme le chariot  pinces pour l’étêtage des palettes, un petit chariot de mise à hauteur, un dérouleur de film plastique, un petit chariot transpalette électrique pour la ville, un dépalettiseur mobile, un chariot avec un bras articulé. Les solutions sont présentées à l’aide de photos et de petites vidéo tournées en situation de travail en entrepôt.

Philippe Morand rappelle la réglementation en vigueur ainsi que les conséquences des vibrations sur la santé. Il dresse ensuite les principales sources de vibrations en entrepôt logistique, et propose  des leviers de préventions en insistant notamment sur certains leviers sous estimés comme la maintenance des chariots et  le réglage des sièges

Béatrice DUFFAUD, Chargé de prévention – SIST 26/07  pointe la nécessité de prévenir les risques liés au bruit. Les entrepôts réfrigérés sont générateurs de bruit ; les préparateurs de commande ont tendance à augmenter le volume d’écoute de leur casque afin de masquer l’environnement sonore etc. Les actions de prévention à privilégier concernent les sources du bruit. Il est nécessaire d’étudier avec attention les nouvelles technologies proposées sur les machines, et leur niveau sonore, avant d’investir. Dans un deuxième temps, on peut agir sur les locaux. Certains matériaux augmentent le niveau sonore. Il faut considérer cette donnée dès la conception architecturale ou bien corriger l’existant par un traitement absorbeur de bruit au niveau des plafonds. Enfin, au niveau organisationnel, il est important de mesurer l’impact de l’augmentation de la productivité sur le niveau sonore.

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