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La gendarmerie nationale coopère avec le réseau Anact-Aract pour prévenir les risques psychosociaux

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Engagée dans une politique globale de prévention des risques psychosociaux, la gendarmerie nationale a sollicité le réseau Anact-Aract pour l’accompagner dans sa démarche. Le général de corps d'armée Philippe Mazy, directeur des personnels militaires de la gendarmerie nationale, et le capitaine Grégory Clinchamps, psychologue du travail et des organisations, et secrétaire général de la Commission nationale de prévention, nous en disent plus.

La gendarmerie nationale est engagée dans un vaste programme de prévention des risques psychosociaux programmé dans une directive. Pouvez-vous nous en présenter les grandes lignes ?

Général de corps d'armée Philippe Mazy : Comme toutes les grandes institutions, la gendarmerie s'adapte aux évolutions de la société. Elle doit aujourd'hui relever de nouveaux défis dans un contexte de fortes contraintes économiques et d'attentes grandissantes de ses personnels en matière de qualité de vie au travail. Pour servir cette ambition, le général d'armée Denis Favier, directeur général de la gendarmerie nationale, a décidé de lancer une action approfondie sur les risques psychosociaux (RPS).

Tous les acteurs ont été associés à une réflexion transverse qui a débouché le 31 octobre 2013 sur une directive méthodologique pour la mise en œuvre d'un plan de prévention des risques psychosociaux. Des comités de pilotage (COPIL) ont ainsi été organisés au sein des régions de gendarmerie et des formations assimilées pour piloter le plan de prévention des RPS au niveau local.

Ce dispositif a pour objectif la mise en œuvre de mesures préventives adaptées pour supprimer ou réduire l'exposition des personnels aux situations sources de fragilisation. Il cherche donc à prévenir plutôt qu'à guérir et vise les causes plus que les conséquences. Il s'agit d'une œuvre collective qui s'appuie sur la cohésion et l'adhésion de tous les personnels, avec pour objectif de promouvoir le bien-être au travail, facteur d'équilibre et d'efficacité.

Quelles sont les formes de risques psychosociaux et de souffrance au travail que vous rencontrez au sein de la gendarmerie nationale ?

Général de corps d'armée Philippe Mazy : Plusieurs situations à risques auxquelles peuvent être confrontés les personnels ont été identifiées.

Le métier de gendarme fait partie des métiers de sûreté et de défense dits « exposés », où les situations à fort impact émotionnel sont très nombreuses. Il implique les personnels dans des relations humaines complexes où la détresse, la misère et la violence sont présentes. La surexposition à ces situations est un facteur d'épuisement professionnel ou d'usure compassionnelle. Lorsque la violence s'exerce directement contre les personnels – ou lorsqu'ils sont intervenants ou témoins directs - et notamment lorsqu'elle surgit brutalement, les militaires sont particulièrement exposés au risque de traumatisme psychique.

Au cours des 10 dernières années, la gendarmerie a  également connu une diversification des corps et des statuts. Après l'arrivée des gendarmes adjoints (volontaires), ce sont les personnels du corps de soutien, technique et administratif de la gendarmerie, puis plus récemment les personnels civils qui ont rejoint en nombre l'institution. La coexistence de catégories de personnels de statuts différents peut parfois poser des enjeux d'intégration, souvent porteurs de risques psychosociaux : craintes d'atteinte à l'identité professionnelle, sentiment d'inégalité de traitement et de reconnaissance, incompréhension et conflits en lien avec les différences de statut, situation d'isolement, etc.

Les militaires sont également concernés par cette question de l'intégration, sous d'autres aspects. En effet, l'adaptation est une qualité intrinsèque du gendarme, sa capacité à la mettre en œuvre est notamment attendue lors d'une mutation. Toutefois, la question de l'adaptation mérite d'être aussi posée à travers l'accueil offert par le service ou l'unité d'arrivée pour la favoriser.

 Enfin l'engagement militaire et l'attachement à la famille sont des valeurs portées par la communauté gendarmerie. Elles posent la question de la conciliation vie privée-vie professionnelle dans un contexte où les attentes institutionnelles (accroissement des effectifs féminins, conjoints de gendarmes en activité professionnelle, etc.) et sociétales (changement des structures familiales, valorisation du temps pour soi, etc.) évoluent. Les exigences du statut militaire (mobilité, disponibilité) créent aussi des difficultés de cohabitation entre les deux sphères de vie, qui appellent à une vigilance accrue.

Y a-t-il des difficultés à déceler des situations de souffrance au travail qui seraient propres à la gendarmerie ?

CNE Grégory Clinchamps : L'organisation territoriale de la gendarmerie et sa présence sur l'ensemble du territoire français, ainsi que le détachement de personnels hors de leur formation, est une spécificité à prendre en compte dans la prévention des risques psychosociaux.

La gendarmerie est en effet présente sur tout le territoire français dont l’Outre-Mer, mais également engagée sur des territoires étrangers (opérations extérieures). On recense donc des milliers de sites, sur lesquels les personnels sont présents, pour être au plus près de la population. Il est donc primordial de prendre en compte ces spécificités de manière exhaustive pour ne pas exclure des personnels de la démarche de prévention et que toutes les situations existantes soient identifiées.

Autre exemple : la stigmatisation de la souffrance psychologique et les représentations négatives qui y sont associées. Elles sont en effet jugées comme des marques de faiblesse, de démotivation. La crainte de répercussions sur le jugement porté par les autres et sa carrière incite souvent le gendarme à masquer ses difficultés et sa souffrance.

Il existe également chez les militaires, une forte culture de l’honneur, de la disponibilité et du présentéisme. Les indicateurs habituels de risques psychosociaux ne sont donc pas les mêmes que pour d’autres métiers, comme l’absentéisme par exemple dont les taux sont très bas dans la gendarmerie. Il faut donc savoir détecter d’autres signaux.

La gendarmerie nationale a sollicité l’expertise du réseau Anact-Aract sur le sujet. Quels sont les attendus de cette coopération ? En quoi va-t-elle consister ?

Général de corps d'armée Philippe Mazy : Nous avons sollicité l’Anact pour nous épauler dans cette démarche de prévention des RPS, d’une part pour sa longue expérience du sujet, et d’autre part, pour le réseau d’associations qu'elle anime sur l’ensemble du territoire français dont les outre-mers. Cette constitution en réseau nous permet ainsi de bien couvrir tout l'espace sur lequel nous sommes répartis.

Le réseau Anact-Aract accompagne ainsi les 52 comités de pilotage (Copil) des formations administratives engagées de l'institution dans une démarche de prévention des risques psychosociaux. Environ 300 personnes, tous membres des Copil, sous différents statuts, grades, métiers, et représentants du personnel, ont ainsi été formées. La méthodologie commune utilisée repose sur l’analyse collective de situations de travail.

Un comité de pilotage et d’évaluation (Cope) national pilote le projet au niveau central et a déjà analysé des indicateurs et des situations à risques dont nous avons cité quelques exemples tout à l'heure. Ces éléments constituent une base de travail précieuse.

En résumé, la Gendarmerie attend un accompagnement « pragmatique » du réseau Anact-Aract visant la mise en œuvre de plans d’action locaux.

signature directive entre la gendarmerie et l'Anact
Signature d'une directive entre la gendarmerie et l'Anact pour établir une démarche de prévention des RPS dans la gendarmerie.
©Anact

Quel est le programme des travaux ?

CNE Grégory Clinchamps : Le réseau Anact-Aract nous a rejoints dans le projet en début d’année 2014. Depuis mai, les sessions de formation des COPIL par le réseau Anact-Aract ont commencé et se poursuivront jusqu’en début d’année 2015.

Parallèlement aux travaux initiés par les COPIL au niveau local, un questionnaire relatif à la « qualité de vie au travail » a été adressé à 25 000 personnels au mois de septembre 2014.  Les résultats issus de cette enquête, très encourageants par leur richesse et le volume des réponses, permettront d'orienter les travaux des COPIL et de les conforter dans les premières réflexions initiées au niveau local au cours de cette année. Les plans d'action devraient ainsi être élaborés pour le second semestre de l'année 2015 et intégrés par la suite au Document Unique.