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L'impact du lean sur le risque psychosocial vu par un médecin du travail

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Les acteurs et observateurs de la santé au travail pointent la nécessité de mettre en place une réflexion sur la santé des salariés parallèlement à la mise en place du Lean. Dans le numéro 351 de la revue Travail & changement, Françoise Siegel, spécialiste en santé au travail et médecin référent pour les RPS, fait le point sur les liens établis entre le lean manufacturing et certaines pathologies.

Quel est l’impact du Lean sur le risque psychosocial ?

Françoise Siegel : il est incontestable que l’on assiste depuis quelques années à une véritable explosion des troubles musculosquelettiques (TMS) et des risques psychosociaux (RPS). Au sein d’AST 67, l’association à laquelle j’appartiens et qui fédère près de cent médecins, nous constatons que 98 % des maladies professionnelles indemnisables relèvent des TMS en 2012. Je ne doute pas que s’il existait un tableau des maladies professionnelles pour les RPS, leur poids serait également important. Certaines études ont montré que le modèle du Lean manufacturing a un impact négatif sur la santé des salariés.

Comment l’expliquez-vous ?

Le Lean manufacturing, par l’organisation du flux tendu, entraîne une mise sous tension volontaire du système. Et l’opérateur devient le nœud d’accumulation d’un certain nombre de tensions. Il s’agit d’améliorer la compétitivité par le repérage des dysfonctionnements à la source. Ce repérage devient facteur de risque pour l’opérateur. En pointant les dysfonctionnements, l’opérateur expose le management à la critique pour n’avoir pas su repérer les problématiques en amont.

Par ailleurs, la gestion des aléas est elle aussi facteur de risque. Lorsque l’aléa se produit, le salarié se retrouve le plus souvent totalement seul à devoir assumer une décision qui n’est, par définition, pas prescrite (par le processus). Si, pour relancer la production, l’action dont il décide ne fonctionne pas, il s’expose à la critique car cette action ne figurait pas dans le processus. Il y a là un énorme facteur de stress. Et que dire de la standardisation de la production ? Va pour l’uniformisation des produits, mais uniformiser la manière de faire, c’est tout bonnement nier la compétence et ce qui fait sens pour l’opérateur.

Faut-il dès lors mettre en œuvre des politiques de prévention spécifiques aux environnements Lean ?

Les entreprises concernées sont encore majoritairement des grandes entreprises. Beaucoup d’entre elles tombent sous le coup du dispositif Darcos, qui oblige les établissements de plus de 1 000 salariés à évaluer les RPS. Mais cela ne suffit pas. Face à la montée des TMS et des RPS, il faudrait renforcer les mesures de prévention primaire, en amont ou en parallèle des choix d’organisation du travail. Il ne faudrait pas perdre de vue la valeur ajoutée à l’homme au travail sauf à faire entrer celui-ci dans une période de vaches maigres (Lean time) !

 

Propos recueillis par Muriel Jaouën, journaliste (article publié dans le n°351 de la revue Travail & changement).

 le Lean en question

Découvrir le n°351 - Les méthodes d’organisation du travail : le Lean en question

09/09/13 - Modèle d’organisation du travail très répandu, le Lean vise la performance de l’entreprise en prenant en compte les salariés, via notamment leur implication dans l’organisation. Mais qu’en est-il concrètement des conditions de travail ? Faut-il en rester à un modèle formaté ?

 

 

Pour aller plus loin :

- Le dossier "La démarche Anact de prévention des risques psychosociaux" 
- Lean manufacturing et TMS : un travail d'organisation pour prévenir le risque
- Quelles relations entre TMS et RPS ?

 

Crédit photo : site AST67