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Comment améliorer la situation de travail des salariés exposés au froid hivernal ?

Le grand froid hivernal et la neige compliquent le travail en extérieur. A quels risques sont exposés les travailleurs ? Que prévoit le code du travail ? Comment améliorer les situations de travail ? Entretien avec Pascale Mercieca, responsable de la priorité "Promotion de la santé au travail" à l'Anact. 

Quels salariés sont concernés et à quels risques peuvent-ils être exposés ?

"Plusieurs catégories de travailleurs sont concernées. Ceux qui travaillent à l’extérieur en premier lieu comme les travailleurs du BTP, de l'industrie du transport, les ouvriers agricoles, les employés de maintenance des bâtiments, dont l’exposition est très liée aux intempéries et à la température externe. Mais il faut aussi penser à ceux qui travaillent habituellement avec le froid, soit dans leur local (atelier, frigo) soit parce que leur activité est en interaction permanente avec le froid comme par exemple les personnels de vente de produits alimentaires.

Le froid reste une condition difficile parce qu’il agit sur la régulation thermique du corps et lorsque les températures descendent très en dessous du cadre acceptable, le corps doit mobiliser beaucoup de ressources. L’effet de cette température sur la santé est non négligeable et peut aussi être amplifié par les conditions de l’environnement (ex : le travail en altitude dans la glace et la neige avec une plus grande rareté de l’oxygène ou encore dans la Marine où le froid se combine avec l’eau). Les ressources du corps sont alors moins disponibles pour faire face aux exigences du travail, et le rendent pénible ce qui a un impact direct sur la sécurité des travailleurs. Dans le secteur de l’agriculture, du BTP les accidents du travail peuvent augmenter en raison de glissades et de chutes sur du verglas ou neige.

« Les troubles occasionnés par le froid sont d’ordre local ou général. Dans le premier cas, il peut s’agir de simples engourdissements avec perte de dextérité jusqu’à des gelures mais aussi au développement de troubles musculo squelettiques. Dans le deuxième cas, la conséquence la plus sérieuse est l’hypothermie. Elle survient lorsque l’individu ne parvient plus à réguler sa température interne, avec des conséquences qui peuvent s’avérer dramatiques : trouble de la conscience, coma, décès." La sécurité des travailleurs est également en jeu dans ces conditions hivernales : chutes de plain pied, risque routier …

Comment alors évaluer l'exposition au froid et définir sa situation de travail. Que mesurer ? Que prendre en compte ?

"Définir l’exposition thermique demande de prendre en compte de nombreux autres facteurs : caractéristiques des individus (âge, poids, sexe mais aussi état de santé général), qualité de l’isolement vestimentaire, conditions météorologiques, hygrométrie, vitesse et direction de l’air. Ce dernier point est important parce que la vitesse du vent (courant d’air) renforce la sensation ressentie du froid.

La nature de la tâche réalisée par le travailleur et les conditions de sa réalisation sont aussi à considérer : travail minutieux, travail qui nécessite de faire des efforts physiques, d’alterner des passages de l’intérieur vers l’extérieur, d’effectuer un travail répétitif, d'entrer en contacts avec des objets ou des surfaces très froides, etc.

Une vigilance spéciale doit aussi être apportée aux conditions organisationnelles du travail : prévision ou non de pauses et présence d’espaces tempérés pour s’y réchauffer."

Que prévoit le code du travail pour garantir la sécurité des salariés ? Que proposent les normes ergonomiques ?

"Le code du travail ne prévoit pas de valeur seuil de température pour le travail en extérieur. Il faut toutefois garder à l’esprit que l’employeur a une obligation de résultats en matière de sécurité et de santé physique et mentale des travailleurs, renouvelée récemment, et l’obligeant à avoir pris toutes les mesures de prévention prévues par le code du travail (Arrêt Air France – des mesures de prévention selon les articles L. 4121-1 et L. 4121 du code du travail -2 novembre 2015).
Ce principe général vaut évidemment pour l’exposition des travailleurs au froid ou dans le froid.

Le code du travail prévoie que les locaux de travail doivent êtres chauffés durant la saison froide, et que des moyens de chauffage suffisants soient aménagés pour les employés à l’intérieur de l’établissement (articles R. 4423-13 et D. 4153-19). Dans le BTP, l’entrepreneur, sous certaines conditions strictes peut décider d’arrêter le travail pour "intempéries" (article L. 5424-9 du code du travail). Cet arrêt de l’activité décidé par l’entreprise ouvre droit au chômage dit "intempérie" pour les travailleurs alors privés d’emploi.

Ces obligations sont dans l'intérêt de tous les travailleurs mais aussi dans l'intérêt de l'entreprise. La préservation de la santé de tous est un gage de la performance de l'entreprise.

Au niveau des recommandations, la norme NF EN ISO 15743 "Ergonomie des ambiances thermiques - Lieux de travail dans le froid - Évaluation et management des risques " publiée en septembre 2008 fournit des repères pour organiser le travail en situation de froid. Elle est un bon outil pour réfléchir et envisager l’évaluation des risques dans ce contexte."

Comment est-il possible d'améliorer la situation de travail des salariés exposés au froid et au vent extérieur ?

"L’exposition au froid doit être évaluée au sens de son inscription dans le Document Unique et des mesures de prévention doivent être consignées ensuite dans le plan d’actions de prévention. Elles doivent faire l’objet d’une discussion entre les acteurs en charge de la prévention pour choisir les actions de prévention les plus adaptées. Le médecin du travail joue un rôle clé dans cette discussion par sa connaissance aigüe de la physiologie et des postes de travail. Les représentants du personnel doivent aussi être associés à ces échanges pour rendre compte des conditions réelles du travail à réaliser. L’expression des travailleurs face au froid doit également être intégrée pour organiser le travail en tenant compte de cette contrainte.

Des mesures relatives à l’organisation du travail seront alors mis au débat dans l’entreprise et soutenue par la direction. Dans un premier temps, il convient de porter des équipements vestimentaires adaptés au froid (gants de protection, chaussures). Ensuite il faut par exemple réfléchir aux horaires de prise de postes sur des plages moins froides pour plus de sécurité, aménager les temps de pause dans des espaces chauffés plus fréquemment, reporter certaines tâches qui imposent une sédentarité.

Des précautions seront recherchées en terme d’accessibilité des locaux (dégager les parking à proximité de l’entreprise, apposer une signalisation spécifique à l’entrée, privilégier des sols avec des revêtements antidérapants afin d’empêcher la formation de givre au sol, …). Ces échanges discutés en instance lors du CHSCT ou auprès des DP permettront de meilleurs aménagements techniques et organisationnels qui amélioreront les conditions de travail des travailleurs exposés.

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à consulter le site de l’INRS.