Comment les entreprises réunionnaises utilisent l’intelligence artificielle ? Résultats d’une consultation régionale
À La Réunion, l’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement comme un levier de transformation du travail. Les premiers résultats de la consultation territoriale et des travaux du Comité de Recherche et d’Innovation Sociale (CRIS) révèlent à la fois des usages croissants, des attentes fortes en matière de simplification et d’accompagnement des parcours, mais aussi des inquiétudes sur la protection des données, l’emploi et le lien humain. Ces évolutions interrogent le rôle des partenaires sociaux et soulignent la nécessité d’un encadrement collectif, tandis que des initiatives privées, comme le programme « IA Orange pour tous », contribuent également à diffuser l’innovation sur le territoire.
Actualité - Publié le 26 septembre 2025 - Modifié le 27 février 2026
L’intelligence artificielle (IA) constitue aujourd’hui un facteur de transformation des organisations de travail. Les développements récents des systèmes d’IA générative, tels que ChatGPT, suscitent un intérêt croissant mais également des interrogations concernant leurs usages et leurs effets sur les métiers, les compétences et les relations professionnelles.
À La Réunion, plusieurs travaux collectifs menés depuis le 11 février 2025, notamment dans le cadre du Comité de Recherche et d’Innovation Sociale (CRIS) et du développement et de l’expérimentation du jeu « DIAL IA », fournissent des données sur les modalités d’appropriation de l’IA et sur les attentes exprimées par les acteurs.
Une appropriation différenciée de l’IA
Les résultats de la consultation territoriale à La Réunion indiquent que l’usage de l’IA est désormais significatif :
- 63 % des répondants déclarent y recourir dans le cadre professionnel,
- 68 % à titre personnel.
Néanmoins, des écarts apparaissent :
- Âge : l’utilisation de l’IA diminue avec l’avancée en âge.
- Diplômes : les titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur constituent la majorité des utilisateurs.
- Taille des organisations : les structures de plus de 150 salariés sont davantage engagées dans l’usage de l’IA.
- Secteurs : les services, l’enseignement et la santé apparaissent plus concernés, tandis que les métiers de première ligne restent peu touchés.
Ces éléments mettent en évidence une diffusion sélective, influencée à la fois par les caractéristiques individuelles et le contexte organisationnel.
Attentes et usages identifiés
Les répondants associent l’IA à plusieurs fonctions principales :
- Automatisation des tâches répétitives (82 %), comme la rédaction de comptes rendus ou la gestion de courriers.
- Accès à l’information et aide à la décision (56 % et 35 %).
- Appui aux parcours professionnels, incluant la formation, l’évolution de carrière et le bien-être au travail.
Ces usages positionnent l’IA comme un outil de soutien, destiné à renforcer les fonctions RH et à accompagner la gestion quotidienne plutôt qu’à remplacer directement les emplois.
Inquiétudes exprimées
La consultation territoriale met également en lumière plusieurs préoccupations :
- Protection des données (RGPD) : citée par 71 % des répondants.
- Risque de perte du contact humain : 61 %.
- Craintes liées à l’emploi : 42 % expriment une inquiétude quant à une possible substitution.
Ces résultats montrent une perception ambivalente, marquée par un équilibre entre attentes d’efficacité et vigilance à l’égard des effets sociaux.
Négociations collectives et rôle des partenaires sociaux
La consultation souligne que l’IA devient progressivement un objet de dialogue social. Les données indiquent que son utilisation est plus fréquente du côté des employeurs (21 %) que des organisations syndicales (10 %). Dans plusieurs cas, les comités sociaux et économiques (CSE) ont commencé à aborder la question, notamment autour des thèmes de la prévention, de l’information et de l’emploi.
Les partenaires sociaux jouent un rôle clé dans l’encadrement de ces transformations. Ils sont appelés à participer à la régulation des usages de l’IA, à anticiper leurs effets sur les métiers et à garantir que son déploiement s’inscrive dans une logique de transparence et de protection des salariés.
- Par une ordonnance du 14 février 2025, le Tribunal judiciaire de Nanterre a jugé que le déploiement d’outils d’intelligence artificielle dans l’entreprise sans consultation préalable du CSE constituait un trouble manifestement illicite et une entrave à ses prérogatives.
- Par une ordonnance de référé du 15 juillet 2025 (Tribunal judiciaire de Créteil, réf., n° 25/00851), il a été retenu que l’introduction de nouvelles technologies relevait du champ de l’information-consultation du CSE.
- Le Tribunal judiciaire de Paris, dans une décision du 2 septembre 2025, a réaffirmé l’obligation d’informer et de consulter le CSE préalablement à toute introduction de nouvelles technologies au sein de l’entreprise.
Une dynamique portée aussi par les initiatives privées
L’impact de l’IA sur le travail ne se limite pas aux initiatives institutionnelles. Le 12 septembre 2025, dans le cadre du mois de l’intelligence artificielle, Orange a présenté à La Réunion son programme « IA Orange pour tous ».
L’opérateur a mis en avant :
- la formation de ses salariés à l’IA générative (plus de 70 % déjà formés),
- des solutions intégrées à la relation client garantissant la sécurité des données,
- ainsi que des actions d’inclusion numérique via l’Orange Digital Center et le programme « Entrepreneur&IA », destiné aux demandeurs d’emploi créateurs d’entreprise.
En clôture, un partenariat exclusif avec OpenAI a été annoncé, offrant aux clients d’Orange Mobile de La Réunion et de Mayotte un accès préférentiel à ChatGPT+.
Pour conclure
L’IA exerce déjà un impact notable sur le travail à La Réunion.
Son adoption est significative mais différenciée selon l’âge, le niveau de diplôme, la taille et le secteur des organisations.
Les attentes se concentrent sur la simplification des tâches et l’accompagnement des parcours, tandis que les inquiétudes portent sur la protection des données, la préservation du lien humain et l’avenir de l’emploi.
Les travaux du CRIS montrent que l’IA ne constitue pas seulement un enjeu technologique mais également un objet de négociation collective. Les initiatives privées, comme celles menées par Orange, illustrent par ailleurs la dynamique de formation, d’innovation et d’inclusion numérique.
L’avenir de l’IA, dans le travail comme sur le territoire, dépendra de la capacité conjointe des acteurs publics, privés et des partenaires sociaux à encadrer et accompagner ces transformations.
Sur le même sujet
IA : de quoi s’agit-il ? 10 réponses sur l’intelligence artificielle
Retour sur le CRIS de l'Aract Réunion : Focus sur l'IA