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Les salariés de France Télévisions planchent sur leur avenir

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À France Télévisions, des groupes de salariés ont travaillé sur l’évolution de leur activité et formulé des propositions afin de mieux concilier santé, métier et efficacité. Une démarche proposée et encadrée par l’Anact et que le groupe France Télévisions s’apprête à étendre.

france television

En 2015, suite à un diagnostic socio-organisationnel commandé au sociologue Henri Vacquin, France Télévisions décidait de mettre en place un plan d’action pour répondre aux préoccupations des salariés, inquiets pour leur avenir. Parmi les thèmes prioritaires : la charge de travail et la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Contactée sur l’entrée charge de travail, l’Anact a proposé une approche plus large qui a séduit la commission paritaire de suivi des risques psychosociaux. « Elle permet à la fois de répondre aux inquiétudes des salariés sur l’évolution du monde journalistique, des médias, des différents métiers et de traiter la charge de travail, comme un des critères d’appréciation et de jugement, au même titre que la qualité ou le résultat économique », explique Xavier Froissart, directeur délégué à la santé et à la qualité de vie au travail de France Télévisions.

Il s’agit pour les salariés d’évaluer les effets des transformations organisationnelles et technologiques sur trois registres : l’efficacité, la santé au travail, le métier. « Cette méthode est utilisée dans le cadre de la conduite du changement des entreprises. On la nomme « Évaluation embarquée » parce que l’évaluation n’est pas faite par un expert externe mais par les salariés, selon des critères de jugement mobilisés dans l’entreprise, et qu’elle est intégrée au projet de transformation », souligne Julien Pelletier, responsable Priorité qualité de vie au travail à l’Anact, qui a conduit la démarche à France Télévisions.

Des salariés force de proposition

La méthode a été expérimentée à partir du printemps 2016 autour de l’activité de production d’un journal d’information à France 3, en région. Deux groupes ont été constitués, l’un à Bordeaux, l’autre à Grenoble. Dans chaque groupe : une quinzaine de collaborateurs représentant tous les métiers engagés dans cette activité et de tous niveaux hiérarchiques. Au cours de plusieurs séances, animées par Julien Pelletier, ils ont analysé leur activité, échangé et surtout émis des recommandations. « Il ne s’agit pas seulement d’analyser mais d’émettre des propositions en matière d’usage des nouveaux outils, des procédures, des horaires de travail, des besoins en formation, etc. Les salariés sont donc dans une posture qui n’est pas habituelle : ils ne font pas seulement du diagnostic ou de la critique, ils expérimentent et proposent de nouveaux fonctionnements », précise Julien Pelletier.

Cela suppose une liberté de parole et donc une certaine prise de risque de la direction générale et des organisations syndicales, dans une entreprise où les relations sociales sont parfois tendues. « Aménager un espace pour se parler librement, pour comprendre la contribution de chacun au travail collectif, c’est une idée simple, mais cela pouvait paraître un peu iconoclaste », admet Marc Chauvelot, délégué central CGT (syndicat majoritaire), favorable à la démarche. C’est pourquoi l’Anact a invité les partenaires sociaux à « suspendre leur jugement », le temps de l’expérimentation.

Généraliser la démarche

Ils n’ont pas été déçus. Lors de la restitution des résultats, les acteurs sociaux ont été impressionnés par la qualité des propositions, très argumentées. « On constate que lorsqu’on libère la parole et qu’on écoute les salariés, cela se traduit par une implication forte dans l’activité et un souci d’efficacité. Avoir un travail qui sert à quelque chose – c’est-à-dire qui a du sens et qui entraîne une reconnaissance – est un élément fort qui est apparu », constate Xavier Froissart.

Les nombreuses propositions pour améliorer le travail au quotidien ont été classées en plusieurs rubriques : celles qui relèvent du local, du national, d’une décision managériale ou nécessitent l’ouverture de négociations, celles qui doivent d’abord être testées, etc. Restera ensuite à les mettre en œuvre selon ces différents canaux. « Il est important que cette démarche soit suivie d’effets car elle a créé une forte attente du côté des salariés qui ont joué le jeu », estime Marc Chauvelot.

Le directeur de la santé et de la QVT est sur la même longueur d’onde et compte même étendre cette méthode d’expérimentation. Un groupe de travail consacré au montage et à l’assemblage est en cours de lancement sur la Chaîne Info. Un autre, consacré au travail de documentation, est prévu à France 3 Nord-Est.