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Les conditions de travail ont-elles un sexe ?

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C'est la question que s'est posée l'Anact. Un bref aperçu des chiffres pour expliquer que l'écart hommes - femmes est du côté organisationnel et des conditions de travail. 

Egalité professionnelle conditions travail ont elles un sexe

Entre 2000 et 2014, le nombre des accidents de travail a augmenté de 24,3 % pour les femmes tandis qu’il a diminué de 28 % pour les hommes durant la même période (Chiffres Cnamts), pointe Florence Chappert, chargée de mission du département Compétences, travail, emploi de l’Anact et en charge du projet “genre et conditions de travail”. Le nombre de maladies professionnelles déclarées des femmes est égal à celui des hommes : leur nombre a augmenté sur 13 ans de 158,3 % contre 82,5 % pour les hommes. Par ailleurs, les enquêtes épidémiologiques révèlent un niveau de tension au travail et de stress bien supérieur pour les femmes. Nous estimons donc que l’on ne peut plus nier ce que l’on pourrait nommer “des différences” ou “des inégalités” de santé au travail entre femmes et hommes. » Ces chiffres donnent en effet le tournis. La tentation pourrait être d’en tirer un magistral CQFD pétri de stéréotypes : le problème des écarts de santé au travail des femmes et des hommes, ce sont… les femmes. L’explication est évidemment ailleurs : c’est du côté de l’organisation et des conditions de travail que se nichent les vraies raisons de ces différences de chiffres.

Une approche intégrée 

Le sujet de l’égalité professionnelle refait surface dans l’agenda social et mérite d’être approfondi pour ne pas se limiter à des conclusions qui entraîneraient des solutions simplistes. « C’est ce que propose le réseau Anact en développant une approche intégrée de l’égalité à toutes les questions du travail et de son organisation, explique encore Florence Chappert. Il s’agit de l’analyse par genre, qui prend en compte les différences de situations de travail et de vie des femmes et des hommes. En regardant précisément comment les postes se répartissent entre eux dans l’entreprise, la révélation est saisissante d’inégalités face aux conditions de travail. Aux femmes, les postes souvent pénibles et répétitifs, émotionnellement exigeants, aux horaires atypiques, précaires. Aux femmes, le déficit de perspectives d’évolution qui génère de l’usure professionnelle. Aux femmes, les difficultés d’articulation des temps, compte tenu de la charge de la maison et des enfants qui leur reste majoritairement dévolue. Pour peu qu’elles soient en situation de famille monoparentale, les choses s’aggravent encore. »

Un outillage bien rôdé

En 2009, Travail & Changement décryptait pour la première fois l’égalité professionnelle sur le volet du travail, au-delà des problématiques d’emploi. Florence Chappert, constatant ces différences d’effets des conditions de travail sur la santé des femmes et des hommes, plaidait déjà pour l’enrichissement du rapport de situation comparée d’éléments sur la santé et les conditions de travail des femmes et des hommes… Aujourd’hui, la prise en compte des situations comparées dans les entreprises a progressé et s’est enrichie d’un outillage construit pour introduire ce regard femmes/hommes dans les analyses des situations de travail. 

« L’inégalité dans l’entreprise, que ce soit sur le plan de la rémunération, de la santé et de la carrière (comme les trois premières lettres de « rapport de situation comparée ») peut être traitée grâce à quatre questions, explique Florence Chappert. Comment en arrive-t-on à cette répartition sexuée des emplois et des activités dans le travail ; la mixité est-elle possible ? Comment sont ventilées les contraintes de temps de travail (horaires atypiques, temps partiels, articulation travail et hors travail) entre femmes et hommes ? Comment les conditions de travail, à travers notamment l’exposition aux risques, aux pénibilités et aux violences sexistes, sont-elles rendues visibles ? Comment la question des parcours et des interruptions de carrière est-elle gérée selon que l’on est une femme ou un homme ? En répondant à ces questions, l’entreprise peut progresser rapidement dans l’approche par genre et réussir à mettre à nu des points de blocage de son organisation. C’est extrêmement révélateur. »

Impliquer les hommes 

Sur ce chemin de l’égalité professionnelle, les pouvoirs publics se saisissent de la question mais plus souvent sur les volets de l’égalité d’accès à l’emploi et de la rémunération. Des expérimentations sont lancées dans neuf régions sur l’égalité professionnelle, la mixité et le congé parental. Des facettes du sujet qui ne concernent pas moins que… l’organisation du travail et la qualité de vie au travail (voir encadré). Il s’agit-là de faire le lien entre deux bouts du sujet : l’emploi et le travail. Une prise de conscience semble se produire mais une condition de réussite reste de mise : l’implication des hommes et la conviction qu’eux aussi ont à y gagner de meilleures conditions de travail, une organisation qui ne fasse pas reposer toute la performance sur leurs seules épaules et leur permettre de s’investir dans la vie hors travail… Ainsi, en 2012, le rapport Ballarin soulignait-il qu’il fallait parvenir à une « transformation culturelle, organisationnelle et managériale des entreprises, une révolution conjugale pour amener les hommes à s’impliquer davantage dans les tâches familiales et domestiques, une valorisation et un accompagnement des hommes qui recourent, par exemple, au temps partiel, au télétravail ou à des modulations d’horaires pour s’investir davantage familialement, au bénéfice professionnel de leur compagne. » Il faut encore convaincre car les stéréotypes ont la vie dure.