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Lean et conditions de travail : le point de vue du Medef

Le "lean" est loin de faire consensus chez les partenaires sociaux : place nouvelle accordée au salarié, mieux impliqué dans l’organisation, pour les uns ; effets désastreux sur les conditions de travail, pour les autres. Et les lieux de débat semblent faire défaut. Dans une interview de la revue Travail & changement, Michel Bouton, représentant du Medef au conseil d'administration de l'Anact, developpe le point de vue de l'organisation patronale sur le sujet.

Le Lean est-il un bon moyen de gouvernance des entreprises ?

Plus que de gouvernance, parlons de méthodes d’organisation du travail. Il me semble plus pertinent de raisonner en termes de recherche de performance globale. Cette performance vise à améliorer la compétitivité des entreprises pour s’adapter à la mondialisation en gérant au mieux le changement. Elle permet le développement économique de l’entreprise et le renforcement de son attractivité, non seulement pour les clients mais aussi pour les salariés, essentiels à la réussite de toute évolution. Derrière le mot « Lean », il y a des méthodes très différentes et très variables en fonction des compétences du consultant qui aide à les déployer. La qualité d’intervention du consultant est primordiale dans la réussite du projet. Si ce dernier n’intègre pas la question des conditions de travail, il ne peut y avoir de performance efficace.

Le Lean est-il suffisamment tourné vers les besoins des salariés ?

La recherche de performance doit être conduite de telle manière qu’elle ne soit pas vécue par les salariés comme une nouvelle organisation imposée brutalement, sans leur participation active. C’est pourquoi, coupler une démarche participative d’amélioration de la performance avec les conditions de travail a beaucoup de sens. Le point fort du Lean est tout de même de se centrer sur le travail réel, d’associer l’opérateur dans le diagnostic et dans l’élaboration des pistes d’amélioration.

Comment cela peut-il être pris en compte dans les PME, peut-être plus seules face à ces méthodes ?

Le gros problème dans les PME est que l’entreprise a moins de visibilité et d’expérience des qualités à rechercher chez un consultant afin que les deux dimensions performance et conditions de travail progressent ensemble. Je citerais l’exemple de la plate-forme automobile qui a pris l’initiative de repérer les consultants sur la base de leur compétence en matière de performance et de conditions de travail. Autre piste pour les PME : les partenaires sociaux du comité technique national de la métallurgie de la Caisse nationale d’assurance-maladie ont réalisé un guide de bonnes pratiques avec la Carsat Rhône-Alpes qui a le mérite de croiser les approches : ceux de l’assureur, de la Carsat, d’une école d’ingénieur, de l’Aract, mais aussi d’entreprises, de consultants, de salariés et de leurs représentants.

Qu’en ressort-il ?

Les dix bonnes pratiques présentées, témoignages à la clef, ont pour finalité de progresser dans la performance industrielle en intégrant la santé au travail comme levier stratégique. Ces expérimentations ont permis aux entreprises participantes d’améliorer les processus de conception, l’organisation, le management avec la dimension « santé au travail » mais aussi avec le projet d’entreprise globale et donc le sens du travail.

En somme, faut-il dépasser la méthode Lean ?

Encore une fois, les méthodes sont nombreuses et chacune a sans doute des ressorts très intéressants. Ce qui importe est de pouvoir poser un diagnostic précis de l’organisation à partir des situations réelles du travail et des postes, pour conduire à des changements viables sur le long terme. Il faut aussi tenir compte du temps pour introduire et gérer des changements de cette nature. Cela signifie bien qu’il faut adapter le modèle aux réalités du travail et aux enjeux de performance de chaque entreprise et être vigilant sur le cahier des charges des consultants, dont le rôle est essentiel pour la réussite de la démarche.

Propos recueillis par Béatrice Sarazin, rédactrice en chef de la revue Travail & changement.

 

Les méthodes d’organisation du travail : le Lean en question

Découvrir le n°351 - Les méthodes d’organisation du travail : le Lean en question

09/09/13 - Modèle d’organisation du travail très répandu, le Lean vise la performance de l’entreprise en prenant en compte les salariés, via notamment leur implication dans l’organisation. Mais qu’en est-il concrètement des conditions de travail ? Faut-il en rester à un modèle formaté ?

 

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