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Le travail du futur a-t-il un sexe ?

Les mutations à venir des entreprises auront-elles des effets sur les inégalités entre les femmes et les hommes ? Karine Babule, chargée de mission à l’Anact, nous propose quelques repères pour réfléchir aux liens entre transformations du travail et égalité professionnelle.

Le travail du futur a-t-il un sexe ?

Le travail a-t-il un sexe aujourd’hui ?

Oui ! Le monde du travail présente de nombreuses inégalités femmes-hommes. En matière de mixité, seuls 13% des emplois sont mixtes et la moitié des femmes sont concentrées dans 12 des 86 familles professionnelles. Au sein d’un même métier mixte, il existe également une répartition sexuée des tâches. Hachés, souvent stagnants voire descendants, les parcours professionnels des femmes provoquent de manière « symptomatique » 24% d’écart de revenu salarial avec les hommes et 40% d’écart de pensions de retraite. On sait les spécificités des caractéristiques des temps de travail et les modalités d’articulation des temps des femmes (davantage d’horaires atypiques, de temps de travail partiel, charge familiale élevée, congés familiaux). Moins connues, les inégalités professionnelles s’expriment aussi en matière de conditions de travail et de pénibilité :  à titre d’exemple tandis qu’entre 2001 et 2016 les accidents du travail baissaient globalement de 15 %, ils augmentaient de 30 % chez les femmes ! Ces constats dessinent en négatif autant de pistes d’action pour réduire, demain, les inégalités femmes-hommes au travail.

Les mutations du travail qui se dessinent peuvent-elles modifier la donne ?

De façon globale,les projets de transformation des entreprises ne sont pas neutres. Selon la façon dont ils sont menés, conçus, ou encore accompagnés, les déménagements, réorganisations, fusions peuvent renforcer ou créer des inégalités ou, à l’inverse, permettre de réduire les écarts. Le cas du télétravail est un bon exemple. Il peut être profitable à tous et toutes, à condition notamment de s’assurer de bonnes conditions en télétravail, que la pratique du télétravail ne freine pas l’évolution des carrières ou encore qu’il ne s’accompagne pas d’un isolement croissant pour les télétravailleurs. Quand ces conditions ne sont pas réunies, quand le télétravail s’accompagne d’une culture du présentéisme, quand il ne permet pas à certains postes majoritairement féminins de bénéficier de faciliter d’articulation des temps, le télétravail peut accroître les inégalités.  

Le numérique peut-il néanmoins faire bouger les lignes ?

Les analyses sur l’impact du numérique sous l’angle du genre donnent aujourd’hui à voir la non-mixité des métiers, une maîtrise moins importante pour les femmes des compétences numériques cruciales pour l’accès à l’emploi et au développement de carrière, des problématiques de déconnexion et de charge de travail accentuées chez elles par la double contrainte professionnelle et familiale… Si l’on écoute certains experts, le numérique va en outre induire des destructions d’emploi dans les secteurs les moins qualifiés où les femmes sont très présentes. Le travail du futur semble donc bien, lui aussi, avoir un sexe !

Pour autant, d’autres études soulignent que la production d’outils numériques viendra moins détruire que transformer les métiers. On le voit déjà dans l’aide à domicile où l’installation des outils de télégestion change les rapports des salarié-es aux patients, familles, au management… Dans ces contextes de transformation, il y a aussi des opportunités d’amélioration.

A conditions d’être conçues avec les femmes et les hommes, les technologies numériques peuvent ainsi être mises au service de la recherche de solutions favorables à l’égalité professionnelles – et pas seulement via des applications facilitant les recrutements ! L’intelligence artificielle peut, par exemple, être mise au service de l’analyse statistique sexuée des données sociales et nourrir notamment les plans d’action et la négociation collective en entreprise.

A quelles conditions, le numérique peut-il aider à réduire les inégalités femmes-hommes ?

Pour que les projets de transformations numériques constituent des opportunités de réduire les inégalités, ils doivent s’accompagner de diagnostic des inégalités préalable, et de pronostic d’impacts. Cela passe par le fait de s’interroger collectivement pour savoir si tel nouveau projet numérique va modifier la donne en matière de mixité, de parcours professionnels, de conditions de travail ou encore de temps de travail. Répondre à ces questions, construire de solutions numériques et réfléchir plus largement aux usages des nouvelles techniques et des nouvelles organisations dans l’entreprise nécessite, bien-sûr, un travail mixte et… paritaire !