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Le salaire du risque ou le défi des conditions de travail des routiers professionnels

Réalisations et projets - Publié le 19 septembre 2013 - Modifié le 15 janvier 2024

Qui?

L’entreprise est spécialisée dans la peinture et le revêtement de sols. Elle compte 54 salariés : peintres, soliers, conducteurs de travaux, métreurs. En plus de ces métiers, il existe un secrétariat, et un chargé d’affaires qui suit les différents chantiers. Entre 2008 et 2011, l’entreprise a connu une augmentation de son effectif de 17%. Aujourd’hui, elle rayonne principalement dans deux départements de la région, ainsi que plus ponctuellement dans une autre région, située à environ 200 km.

Quel était le problème à régler ?

L’entreprise participe à une action collective qui s’inscrit dans le cadre du Plan régional santé travail (PRST). Ce dernier a notamment comme objectif de réduire les accidents du travail liés aux accidents de la route dans le domaine professionnel. L’action collective vise à analyser et mettre en évidence les facteurs favorables et défavorables pouvant réduire ou augmenter le risque routier, ainsi qu’à proposer des pistes d’actions de prévention dans trois entreprises du secteur des Bâtiment et Travaux Publics, parmi lesquelles celle dont l’expérience est relatée ici.

Qu’ont-ils fait ?

L’intervention dans cette entreprise a consisté à:

- mettre en place un comité de pilotage. Composé de représentants de la direction, de l’encadrement et du personnel, il a défini les fonctions dans l’entreprise qui ont fait l’objet d’observations spécifiques. - recueillir et analyser les données de l’entreprise relatives aux ressources humaines, la santé des salariés, le risque routier et la production, et en tirer des enseignements.

- observer pendant une journée, les situations de travail des salariés remplissant les fonctions désignées par le comité de pilotage.

- s’entretenir de façon individuelle ou collective avec les dirigeants de l’entreprise, des membres du comité de pilotage, les salariés exerçant les fonctions lesdites fonctions.

Le traitement des données de l’entreprise a notamment permis de caractériser la population et de faire ressortir des indicateurs spécifiques au service de la prévention du risque routier. Ces derniers concernent surtout le parc automobile (nombre et types de véhicules, répartition par métier, nombre de kilomètres parcourus…), les sinistres (nombre de constats amiables, nature des sinistres, responsabilités dans le sinistre…), les dépenses (primes d’assurance, nombre et types de contraventions, entretien des véhicules, consommation de carburant…). L’enjeu pour l’entreprise est de construire ces indicateurs et de les suivre dans le temps. Le traitement de données a également permis de sélectionner deux situations de travail qui allaient être analysées dans la suite de la démarche : les situations de travail du chargé d’affaires et d’un chef d’équipe peintre.

L’analyse des situations de travail a permis de tirer divers enseignements. Le premier a consisté à mettre en évidence que les entreprises font de la prévention du risque routier sans le savoir, et d’autres, de la même façon, l'accentuent. En effet, le risque routier apparaît comme un impact collatéral de la stratégie de l’entreprise, celle-ci se déclinant dans divers domaines de la politique:

- commerciale (chantiers éloignés ou pas du siège de l’entreprise);

- financière (incitation aux découchers, télépéage, possibilité de cuve à carburant au siège de l’entreprise);

- d’achat (fournisseurs dédiés ou pas, livraison du matériel sur chantier par un tiers ou auto-approvisionnement);

- de communication et de circulation des informations en interne (circuits d’informations, outils de communication);

- de développement (avec des stratégies d’ouverture d’agences au plus près des chantiers dès que le marché le permet);

- la politique RH (gestion des compétences en spécialisation ou tout corps d’état, choix des lieux d’hébergement, de restauration), la politique de gestion du parc automobile (type, nombre, équipements d’aide à la conduite, renouvellement, véhicule dédié)…

Le diagnostic a également montré une relation forte entre le travail sur chantier réalisé au cours de la journée et le risque routier. La charge de travail, les aléas à gérer sur le chantier peuvent entraîner une fatigue physique et/ou mentale, elle-même à l’origine d’une baisse de vigilance ou d’une augmentation de la vitesse au volant.

Les déplacements constituent la variable d’ajustement qui permet de réguler l’activité et les aléas rencontrés au cours de la journée de travail, ce qui met l’accent sur l’importance de la préparation des chantiers notamment. L’activité de conduite apparaît ainsi comme un moment privilégié pour les salariés pour réguler l’organisation du travail au quotidien.

Enfin, le véhicule utilisé peut être un facteur favorable ou défavorable dans la prévention du risque routier en fonction de la qualité de ses équipements d’aide à la conduite).

Pour quels effets ?

Ce diagnostic a permis de proposer des actions, selon 3 axes majeurs:

1)- Supprimer le risque routier. Les actions portent sur les grandes orientations stratégiques de l’entreprise dont découlent les principes d’organisation du travail (ex : aménager les bases de vie totalement équipées en moyens bureautiques et informatiques…).

2)- Réduire le risque routier en limitant la présence du salarié sur le domaine public. Les actions tendent alors à réduire le nombre de déplacements ainsi que le temps passé sur le domaine routier (ex : identifier des fournisseurs occasionnels au plus près des chantiers, favoriser les circuits d’informations directs…).

3)- Agir sur les déterminants de l’activité de conduite proprement dite. Les actions portent alors sur l’organisation du travail au quotidien, le matériel et l’environnement (ex : organiser le travail sur chantier de façon à réduire les sources de fatigue physique et mentale et les dépassements d’horaires, organiser le circuit de l’information en interne de façon à limiter l’usage du téléphone au volant…).