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L’Anact veut favoriser les débats sur le lean

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Le lean, littéralement « maigre », est le modèle d’organisation qui s’est le plus largement diffusé au cours de ces trente dernières années. Quelles applications en fait-on aujourd’hui, et pour produire quels effets ? Le point sur un sujet controversé avec Mélanie Burlet, chargée de mission, département changements technologiques et organisationnels de l’Anact.

Si vous deviez donner une définition du lean…

Ce n’est pas la question la plus simple ! Si j’en reviens aux origines, on a d’abord parlé de toyotisme*, puis de lean production, lean management et aujourd’hui on utilise le terme générique « lean ». Cette évolution de vocabulaire traduit une évolution du modèle.
Pour résumer, je dirais que le lean est une approche globale de l’entreprise, assez prescriptive en matière de stratégie, avec une recherche de performance productive centrée sur l’amélioration continue et l’élimination des gaspillages. Ce sont aussi des principes organisationnels très structurants, qui impliquent en général des réorganisations des équipements, la création de cellules de production autonomes et polyvalentes, et parfois, simplement, la mise en place d’une série d’outils opérationnels censés apporter des solutions pragmatiques aux problèmes rencontrés par les entreprises. Et c’est ce qui fait son grand succès.

Justement, quel est le succès aujourd’hui du lean dans les entreprises françaises ?

Mélanie BURLET, chargée de mission, département changements technologiques et organisationnels de l’AnactC’est le modèle d’organisation qui se diffuse le plus actuellement. Face aux problématiques de performance et de compétitivité, le lean est apparu comme une solution miracle, voire l’unique voie possible. Depuis les années 80, on a vu des démarches lean déployées dans les sociétés industrielles, -automobile, textile, agroalimentaire…-, puis dans tous les secteurs, hôpitaux, crèches, services…
Un programme a d’ailleurs été initié depuis 2009 par les pouvoirs publics pour soutenir le déploiement de ces démarches, considérant le modèle comme « l'un des outils de l'excellence opérationnelle, permettant aux PME d'accroître leur compétitivité ». Sont visées en priorité les entreprises industrielles de taille intermédiaire. Entre 2009 et 2012, le budget alloué pour ce programme s’est élevé à 11 millions d’euros.

Quels sont les éléments du débat autour du lean ?

Si le modèle a toujours été controversé, on perçoit aujourd’hui des évolutions tant chez ses partisans que chez ses opposants : les promoteurs reconsidèrent aujourd’hui leurs pratiques à l’aune des effets constatés sur la santé –même si le lien de causalité entre lean et dégradation des conditions de travail n’a pas été identifié en tant que tel-, pour intégrer davantage les conditions de travail dans la réflexion sur le déploiement du modèle. Les opposants, quant à eux, acceptent de plus en plus des formules partenariales pour expérimenter et mieux comprendre les liens entre lean et conditions de travail.
Par ailleurs, on mesure des évolutions sur les représentations du travail lui-même. Du fait du processus de standardisation des pratiques, le lean produit des effets sur les métiers eux-mêmes : il implique un changement de représentation de ce qu’est un travail bien fait, de ce qu’il faut faire pour bien faire son travail… Cette perte de repères pose la question du sens au travail, parfois insidieusement, mais dans tous les cas en bouleversant la façon de faire son métier. Les constructeurs automobiles, qui disposent d’un recul d’une vingtaine d’années sur le modèle, commencent à s’intéresser à cette question et constatent que ces impacts n’ont jamais été pris en compte.

Quel est le point de vue de l’Anact sur le lean ?

L’Anact estime qu’il n’y a pas de déterminisme en matière d’organisation. Ce qui signifie que le modèle n’est pas incontournable, l’adoption d’un modèle est un choix stratégique, et le lean n’est pas le seul modèle qui peut faire référence.
En amont, ce qui pose particulièrement question, c’est la prétention universelle du lean, alors que les situations sont, dans la réalité, bien différentes. C’est aussi le fait que dans ce modèle, les conditions de travail sont un moyen au service de la productivité, non un objectif stratégique en tant que tel.
Enfin, nous ne nous contentons pas non plus d’évaluer le lean, mais prenons en compte des usages très divers selon la façon dont les entreprises se l’approprient, ce qui ne facilite pas la formalisation de notre positionnement !
Notre rôle est donc de stimuler le débat contradictoire pour trouver de meilleurs compromis, pour se poser les bonnes questions, non d’un point de vue binaire « pour ou contre » le lean. Ce qui importe aujourd’hui, c’est que les entreprises s’emparent du sujet de l’articulation entre l’amélioration des conditions de travail et les exigences de performance.

Quels sont les types d’actions menées par le Réseau ?

Depuis 2012, le lean est inscrit parmi les priorités nationales de l’Anact, avec l’objectif de produire un point de vue sur le déploiement de ces méthodes et de ses effets sur le travail.
Nous travaillons sur le sujet via nos formes classiques d’intervention, sur la base d’une vingtaine d’actions entreprises notamment dans des structures de taille intermédiaire, à la demande de différents acteurs : entreprise, syndicats, partenaires publics…. Nous participons également à des actions collectives, à la demande des Direccte, dans le cadre de démarches partenariales. L’objectif est de définir des repères opérationnels pour mieux intégrer les conditions de travail dans les mises en œuvre du lean.
Les Aract sont également sollicitées par les syndicats, les écoles d’ingénieurs, dans le cadre des formations au lean management, pour apporter explicitement une « vision critique du lean ». Un module complémentaire à l’enseignement intégré et classique du modèle dans les écoles.
Enfin, nous privilégions les rencontres en région, avec l’ensemble des acteurs de la chaine de diffusion du lean, pouvoirs publics, consultants en lean, responsables de production, représentants du personnel…

Quels bilans tirez-vous de ces actions ?

Elles permettent d’orienter notre travail pour proposer des référentiels partagés et des solutions alternatives. Le principe d’une entreprise qui fonctionne bien, c’est celle qui produit un travail d’organisation au quotidien sans s’enfermer dans des normes et qui favorise la participation des salariés à la réflexion sur la performance dans leur travail : moins des modèles que des principes de fonctionnement.

Propos recueillis par Valérie Ravinet

*Référence à l’entreprise japonaise initiatrice du mouvement

 

 

Rendez-vous en Midi-Pyrénées :

 Les relations entre Lean, performance et santé

Les Rencontres du Midact n°12
Les relations entre Lean, performance et santé

Jeudi 24 octobre 2013 - 8h30-10h00
Hôtel Mercure - Compans Caffarelli, Toulouse

Consultez l'article consacré au retour sur le petit-déjeuner consacré aux "relations entre Lean, Performance et Santé" et téléchargez les présentations diffusées lors de cette matinée
 

A lire :

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Lean - le point de vue du Réseau Anact : la parole à Fabrice Raspotnik, chargé de mission

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Diapason : une opération pilote à destination des PMI de Midi-Pyrénées

 

Pour aller plus loin :

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Diapason : Une opération pilote d’accompagnement des PMI à améliorer leur performance industrielle et la santé des salariés

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Diapason : Appel à propositions

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Les méthodes d’organisation du travail : le Lean en question

Modèle d’organisation du travail très répandu, le Lean vise la performance de l’entreprise en prenant en compte les salariés, via notamment leur implication dans l’organisation. Mais qu’en est-il concrètement des conditions de travail ? Faut-il en rester à un modèle formaté ?

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