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Former les étudiants au management : le pari des innovations pédagogiques

Rédiger un journal d’apprentissage, jouer dans une pièce de théâtre… Les écoles et organismes de formation, parfois en collaboration avec l’Anact, rivalisent d’idées ingénieuses pour former les étudiants au management à partir de leurs expériences.

Le pari des innovations pédagogiques

Apprendre l’humain au travail sans en avoir l’expérience... une vraie gageure que les innovations pédagogiques tentent de résoudre pour proposer des modalités souvent ludiques. L’Anact, en collaboration avec la Centrale de cas et des médias pédagogiques (CCMP) irriguant universités et écoles en cas pratiques, a ainsi créé des cas pédagogiques sur les conditions de travail, l’organisation et la qualité de vie au travail (QVT). « Nous sommes partis de situations réelles vécues en entreprises nécessitant une prise en compte de la dimension humaine. Nous visons la mise en situation et le débat sur le travail et ses conditions de réalisation », explique Béatrice Sarazin, chef de projet pour la réalisation des cas d’entreprises à l’Anact.

L’Institut supérieur des techniques de la performance (ISTP), de l’École des Mines de Saint-Etienne, développe une étude de cas complète qui sert en ressources humaines, en analyse sociologique des organisations, ainsi qu’en gestion, finance et marketing. Pour Annick Boissière, responsable d’enseignements à l’ISTP : « Ce cas fil rouge montre que la qualité de vie au travail est un enseignement transversal qui fait partie de la posture de l’ingénieur. »

Atelier et jeu pédagogique

Un atelier « Performance Lab », nommé MyKey 3D, est également mis en place pour expérimenter des modalités d’apprentissage permettant de mieux inscrire les questions de la qualité de vie au travail et du management du travail.

L’IAE de Lille a, de son côté, testé « le Tzatziki », du nom du célèbre mets grec, un jeu pédagogique conçu par l’organisme belge Flanders Synergy et adapté à la qualité de vie au travail par le réseau Anact-Aract. « Quatre équipes ont la même recette de base, mais avec des contraintes, des marges de manoeuvre, des exigences de quantité et de qualité différentes. Leur objectif est de produire, en un temps contraint, des bouchées de tzatziki. Chaque joueur a un rôle précis pendant le jeu (manager, travailleur, client, etc.) », explique Fanny Sorrentino, chargée de la formation externe à l’Anact.

De son côté, l’École de management de Lyon (EM Lyon) a imaginé un laboratoire collaboratif d’innovation managériale. Baptisé « Animax », il est conçu dans un but non lucratif, comme un lieu d’expérimentation ouvert à tous. L’idée ? Les participants ont 24 heures pour concevoir des solutions managériales concrètes mettant l’homme au coeur de la performance des entreprises, sous forme de story-board, puis de vidéo.

Retours d’expérience des stages

L’école des Ponts ParisTech a mis en place une semaine de retour d’expérience sur le stage ingénieur. « Les étudiants racontent ce qu’ils ont fait durant leur stage. Nous leur proposons de remplir des grilles d’analyse de l ’organisation. Ces temps d’échange leur permettent d’appréhender les enjeux des acteurs, la réalité de leur travail. On ne rentre pas frontalement par la théorie du management », témoigne le psychosociologue de l ’école.

À l’EM Grenoble, les étudiants de première année doivent rendre un journal d’apprentissage à partir de leurs expériences sur la chaîne de production, dans la gestion des projets lors de visites d’entreprises ou dans leur vie associative. L’école leur propose aussi de s’exprimer sur les situations vécues en entreprise via des scénettes où ils se glissent dans la peau des patrons, des salariés… L’enjeu est d’amener les étudiants à ce travail d’analyse et d’élaboration de l’expérience pour comprendre le fonctionnement des organisations. Changer la forme pédagogique pour aborder ces aspects humains au travail est incontournable !

Ateliers de débriefing 

L’Institut supérieur d’agriculture et d’agroalimentaire Rhône-Alpes (ISARA-Lyon) a introduit la qualité de vie au travail dans son programme d’enseignement et lors de stages. Afin d’aider les étudiants à formuler ce qu’ils ont vécu, ressenti et vu lors du stage de quatrième année, des ateliers de débriefing sont mis en place. Il leur a été demandé entre autres d’identifier une situation conflictuelle durant leur passage en entreprise, de la décrire rapidement à l’oral, puis de la jouer en scénette. La qualité du management a particulièrement été repérée par les étudiants comme étant centrale et impactant l’organisation du travail, la gestion des parcours, la communication… Le groupe a conclu sur l’importance de la fonction de manager pour créer des conditions de travail permettant aux collectifs de produire tout en développant de la qualité de vie au travail (QVT).

Daphné Deguines

Article extrait du magazine Travail & Changement n°367 "Mieux former les managers et ingénieurs de demain"