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Étude Anact. Femmes-hommes : quelles différences d’exposition aux risques psychosociaux ? Quels impacts sur la santé ?

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L’Anact a réalisé un état des lieux des facteurs psychosociaux de risques au travail et de la santé mentale des femmes et des hommes au travail. Pour cela, l'auteure, Anne-Marie Nicot, a réalisé une approche par genre des données statistiques nationales. Elle nous présente donc cette étude dans l’interview ci-dessous.

Cette étude est intitulée : « Les facteurs psychosociaux de risques au travail et la santé : une approche par genre des données statistiques nationales ». Elle est destinée aux employeurs, mais aussi aux préventeurs et médecins du travail. Ils trouveront dans cette étude, des points de repère pour répondre à certaines interrogations quant à l'analyse et à l'interprétation des données en santé et sécurité au travail. Cette étude peut également intéresser les chercheurs travaillant sur le sujet.

Quelle question vous a amené à réaliser cette étude ?

Anne-Marie-NicotAnne-Marie Nicot : Pendant longtemps, la très grande majorité des études sur le travail et la santé au travail a été développée au « masculin neutre », c’est-à-dire en utilisant comme norme implicite le travail des hommes. Depuis un certain nombre d’années, les études sur le travail et la santé au travail intégrant une approche par genre (différenciant hommes et femmes) ont montré que les catégories utilisées dans ce domaine (risques, seuils d’exposition, pénibilité, etc.) sont avant tout des constructions sociales. Et, celles-ci tendent à ignorer un certain nombre d’enjeux essentiels pour la santé des travailleurs, et plus encore des travailleuses.

Par exemple, on considère plus facilement la pénibilité liée à la manutention de charge (travail plutôt masculin) que celle liée aux gestes répétitifs (travail plutôt féminin). Nos interventions en entreprises le confirment.

Les démarches de prévention s’en sont ressenties et, aujourd’hui, les données d’accidents du travail et de maladies professionnelles montrent une évolution plutôt défavorable aux femmes en matière de santé au travail.

La montée des risques psychosociaux (RPS) est récente, et les dispositifs de suivi statistiques sont encore lacunaires sur ce sujet. Notamment, il n’y a pas de données accidents du travail/maladies professionnelles (AT/MP) sur les effets de ces risques sur la santé. Il nous est donc apparu nécessaire de faire le point sur cette question avec une approche par genre, à partir des sources statistiques existantes.

Quels sont les enseignements de cette étude ?

Anne-Marie Nicot : Premièrement, la situation ne peut pas se décrire en raisonnant simplement sur les catégories aussi larges que tous les « hommes » et toutes les « femmes ». Pour les femmes notamment, les évolutions du marché de l’emploi au cours des trente dernières années (CDD, temps partiel, élévation du niveau de qualification) ont entraîné une forte diversification de leurs situations par rapport à l’emploi, aux conditions de travail et à la santé.

Cette diversification résulte des processus complexes où le genre se combine avec les nombreuses autres dimensions sociales (CSP, origines sociales, formation initiale, statuts d’emploi, situation familiale, etc.) qui produisent ces inégalités. C’est le deuxième enseignement de cette étude. De plus, aujourd’hui, les parcours de vie sont beaucoup moins stables et linéaires, et les discontinuités ont des effets durables, voire irréversibles. Or, l’une des principales sources de discontinuité reste la conciliation des temps professionnels et sociaux, qui incombe toujours massivement aux femmes.

Ces résultats plaident en faveur d’une intégration des questions d’égalité dans toutes les décisions (« gender mainstreaming »). En effet, une approche strictement centrée sur une politique spécifique de promotion des femmes en général, isolément des décisions prises dans d’autres domaines, ne permet pas d’agir sur les déterminants des inégalités dans toute leur diversité. Il est donc nécessaire de développer une approche qui évalue systématiquement les effets pour les femmes et les hommes de toutes les décisions dans tous les domaines (par exemple, définition des critères de pénibilité ouvrant droit à compensation, déréglementation du travail du soir ou du dimanche, etc.).

Comment ces enseignements éclairent-ils vos travaux sur le sujet « genre et conditions de travail » ?

Florence-Chappert-chargee-de-missions-anactFlorence Chappert (chargée de mission à l'Anact) o: cette étude confirme que les hommes dans leurs emplois sont légèrement plus exposés aux facteurs d'intensité et de temps de travail tandis que les femmes dans leurs emplois sont plus exposées aux exigences émotionnelles, au manque d'autonomie. Le chapitre 4 de l'étude précise et nuance ces constats notamment en faisant le lien avec les secteurs professionnels. Ce qui apparaît aussi, c'est que certains facteurs de risques restent peu ou pas suffisamment pris en compte dans les études, comme par exemple la discrimination ou le sexisme. Par ailleurs, l'étude a très bien montré que les liens entre expositions et conséquences sur la santé sont complexes, parfois contre-intuitives et nécessitent de compléter le quantitatif par des études qualitatives.   

Comment l’Anact va-t-elle se saisir de ces nouveaux éléments pour enrichir ses travaux et/ou ses démarches d’interventions sur le sujet « genre, santé et conditions de travail » ?

Florence Chappert : La récente loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes exige désormais des entreprises de plus de 50 salariés, d'une part, de produire des indicateurs en santé et sécurité au travail (article 19) comme ceux relatifs au salaire et au parcours et, d'autre part, de réaliser une évaluation des risques qui tienne compte de l'impact différencié à l'exposition au risque en fonction du sexe. Les employeurs, mais aussi les préventeurs et les médecins du travail trouveront dans cette étude des points de repère pour répondre à un certain nombre de leurs interrogations quant à l'analyse et l'interprétation des données en santé sécurité au travail. 

 

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Découvrez l'étude Anact : Les facteurs psychosociaux de risques au travail et la santé : une approche par genre des données statistiques nationales, par Anne-Marie Nicot, chargée de mission Anact, 98 pages, format PDF.

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