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De nouveaux modèles pour travailler autrement en filière viande

L'Anact publie un rapport sur les nouveaux modèles de production dans la filière viande et leurs effets sur le travail. Présentation avec Anne-Marie Nicot, chargée de mission à l’Anact.

De nouveaux modèles pour travailler autrement en filière viande

L'Anact publie un rapport sur les nouveaux modèles d'organisation du travail dans la filière viande. Pourquoi une étude sur le sujet ?

En mai 2018, l'Anact a remis au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation un rapport intitulé « L'amélioration des conditions de travail aux postes de bouverie et de tuerie en abattoirs de boucherie ». Le ministère nous a alors demandé de poursuivre nos travaux d’étude et d’analyse, en portant une attention particulière aux nouveaux modèles de production et de consommation liés aux circuits de proximité dans la filière viande de boucherie. Ces modèles, qui associent les éleveurs, abattoirs et leurs clients, se développent en effet de manière assez diffuse, et leurs effets sur le travail ne sont pas toujours documentés.

Comment avez-vous travaillé ?

Nous avons conçu un dispositif d’innovation collaborative en quatre temps : nous avons tout d’abord lancé un appel à projets en mai 2018 à destination des acteurs la filière viande mobilisés sur des projets de circuits de proximité. Sur 31 candidatures reçues, 12 projets ont été retenus pour participer à l’étude. Les porteurs de ces projets ont ensuite été réunis lors d’un atelier participatif de deux jours en septembre 2018. Cette modalité de travail a été riche d'échanges entre participants, avec l’appui d’intervenants du réseau Anact-Aract et du laboratoire d’intervention et de recherche Atémis.

Quels sont les principaux enseignements de ce dispositif ?

Tout d’abord, le nombre et le contenus des candidatures reçues ont confirmé nos hypothèses de départ : un peu partout en France, des acteurs sont engagés dans le développement de projets qui visent à répondre conjointement aux défis économiques, sociaux et écologiques ; ces projets sont porteurs d’enjeux importants pour l’avenir des territoires et de la filière ; enfin, de par leur caractère innovant et transversal, il leur est souvent difficile de bénéficier d’un soutien adapté à leurs besoins.

Et en matière de conditions de travail ?

Les échanges en atelier ont permis de partager des valeurs fortes autour du métier d’éleveur : qu’est-ce que le travail d’élever des animaux, de les soigner, de les nourrir, de se lever la nuit pour un vêlage, et quelle peut être la place de la mort dans ce travail ? L'engagement des travailleurs dans les modèles en circuits de proximité tire sa source dans leur volonté de reprendre la main sur le contenu de leur travail, de retrouver du sens : dans la relation aux animaux et dans la relation au consommateur et au bien manger.

L’organisation d’une filière en circuit de proximité nécessite cependant d’élargir son registre d’activité : recherche de soutien auprès d’élus locaux, comprendre et faire fonctionner un point de vente ou un outil d’abattage et de découpe, etc. Pour autant les acteurs expriment une satisfaction car cet élargissement est source d'épanouissement. Ces nouveaux modèles de production et de performance sont généralement conçus avec l’objectif d’une meilleure valorisation du travail de chacun, que ce soit par la qualité des produits proposés, l’établissement d’une relation de confiance avec les consommateurs, la préservation d’un territoire - tant en termes d’environnement que de lien social ou d’emploi - ou encore le bien-être animal, etc.

Ils permettent alors de créer des collectifs de travail, de sortir de l’isolement, de vivre la reconnaissance et la satisfaction du client, de réussir dans de nouvelles activités et de partager collectivement la relève d'un défi.

Vos travaux ont-ils permis de dégager des pistes d’actions ?

Notre rapport formules 5 propositions d’actions à destination des pouvoirs publics. Tout d’abord, favoriser la mutualisation des expériences et la mise en réseau des projets. Puis faciliter et soutenir l’innovation en réduisant les cloisonnements institutionnels qui peuvent parfois entraver ce type de projet. Comme la loi ouvre l’abattage mobile à des fins d’évaluation, nous recommandons d’accompagner les expérimentations dans ce domaine afin qu’elle aient valeur de référence. Nous portons aussi la préoccupation de suivre et documenter les projets de « consommation responsable » afin de mieux connaître et comprendre leurs effets sur le travail et les conditions de travail.

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