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Conditions de travail des salariés de l'éolien

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Le conseil régional de Picardie a sollicité l'expertise du CESTP-Aract Picardie pour mieux connaître les conditions de travail des salariés de l'éolien et faire le point sur les besoins en formation du secteur. Retour sur le déroulement et les enjeux de cette étude avec Marylène Coppi et Alexandre Vasselin du CESTP-Aract.

La Picardie est aujourd’hui la première région de France en nombre d’éoliennes installées. Le Schéma régional éolien, prescrit par la loi dite "Grenelle II" en 2010, représente une véritable opportunité économique pour la région picarde. Consciente des enjeux en matière d’emplois, elle souhaite se doter d’une offre de formation qui réponde à la demande des entreprises du secteur et offrir des conditions de travail et d’emploi qui le rende attractif. A cet effet, la région a sollicité le CESTP-Aract pour une étude de l’activité de travail. Retour sur le déroulement et les enjeux de cette étude avec Marylène Coppi, en charge de ce projet avec Alexandre Vasselin du CESTP-Aract.

En quoi a consisté votre intervention ?

"Notre intervention a tout d’abord pointé les enjeux liés aux conditions de travail auprès des institutionnels. La demande s’inscrit dans une perspective plus large que celle énoncée. L’enjeu n’est pas seulement de construire une offre de formation adaptée, il est aussi de repérer s’il est possible de vieillir dans ce métier et à quelles conditions. Certes nous n’avons pas en France assez d’antériorité dans le secteur pour repérer de fortes anciennetés chez les salariés. Mais on doit anticiper et se poser la question des parcours professionnels à construire pour envisager une carrière dans le secteur.

Nous avons mené une étude de l’activité de travail afin d’identifier les compétences et apprentissages à intégrer dans une nouvelle offre de formation. Nous avons interrogé les professionnels du secteur sur les conditions et l’organisation du travail, mais aussi sur les procédures de recrutement, les questions d’intégration, de parcours, de rémunérations. Il était également important de se pencher sur les choix d’organisation où l’activité de chantier est constante et la structuration du secteur déterminante pour les conditions de travail."

Quelles sont les particularités du secteur en  matière de conditions de travail ?

"En France, on trouve majoritairement de petits parcs éparpillés sur le territoire, avec des équipes réduites plus ou moins spécialisées. Ceci influe sur la nature du métier, sur les déplacements et les astreintes. Nous avons notamment relevé que les facteurs de variabilité de l’activité pouvaient impacter la santé des salariés. Pour autant, le secteur reste attractif sous certains aspects : autonomie dans le travail, apprentissage sur le terrain, travail en équipe, activité perçue comme plus attrayante que dans l’industrie."

Quels risques professionnels majeurs avez-vous identifiés ?

"Le travail dans l’éolien relève d’une activité « de chantier » similaire à celle du secteur du bâtiment. Notre hypothèse de départ était que nous allions y rencontrer les mêmes risques professionnels, avec un risque soutenu lié au vertige et aux possibilités de chute. Mais le secteur a déjà résolu ce problème spécifique. Il est un filtre à l’entrée lors du recrutement et l’on constate une auto-sélection : les personnes sujettes au vertige ne postulent généralement pas dans le secteur de l’éolien. C’est également une incapacité rédhibitoire pour l’employeur. Le vide est impressionnant mais les vrais risques sont ailleurs. Les éoliennes ne sont pas conçues pour l’intervention humaine, leur conception n’est pas adaptée en termes d’ergonomie, ce qui rend leur accès dangereux."

En quoi la conception des éoliennes peut-elle représenter une contrainte ?

"Les entreprises exploitantes n’ayant pas les moyens d’intervenir sur la conception, elles mettent l’accent sur la sécurité, ce qui devient une contrainte pour le travail au quotidien. Les salariés expriment des conditions de travail difficiles : risque de se cogner, de glisser et souvent d’être entravés par leurs équipements de sécurité. Certaines éoliennes ne sont pas équipées d’ascenseur les salariés montent à l’échelle raccordés par un treuil ; mais pour éviter d’avoir à redescendre, ils se chargent de davantage de matériel, ce qui multiplie les risques de chute. Un autre risque, rare mais important, est associé au travail en environnement haute tension, un sujet encore mal abordé dans les formations. Il est à souligner que les salariés ne font pas de maintenance par grand vent ou froid extrême."

Vous évoquez la formation. Quels enjeux devra relever le secteur ?

"Le métier de technicien de maintenance est en construction. Sa technicité ne permet pas le recours à l’intérim. La seule formation existante à ce jour est le BZEE, un certificat de qualification professionnel allemand, délivré également en France. L’idéal pour l’instant, est d’obtenir un BZEE après un BAC + 2 en électrotechnique. Il permet d’obtenir un bagage technique suffisant pour faire face aux risques et aléas des situations de terrain. Malgré tout, l’offre de formation demeure aujourd’hui insuffisante. L’enjeu actuel est de construire des formations répondant aux besoins réels de l’activité et à son devenir. Conscient de cette problématique, le conseil régional a fait appel au CESTP-Aract."

Quelle suite à donner à cette étude ?

"Certaines questions restent à instruire. Il faut approfondir la connaissance du secteur, notamment l’organisation du travail de maintenance. Cette réflexion doit être menée  dans le cadre de relations avec une pluralité d’acteurs que sont les constructeurs, les exploitants, les propriétaires, le client final. Il y en a sans doute d’autres qui influent sur l’activité de maintenance, que nous n’avons pas repérés.

Nous avons affaire à une population encore jeune. Les salariés, même s’ils apprécient leur travail, ont conscience de sa pénibilité. Comment ce secteur va-t-il vieillir ? En France, l’activité est en plein essor, il serait intéressant d’étendre nos investigations à d’autres pays.

Enfin, aujourd’hui les éoliennes sont neuves et nécessitent essentiellement de la maintenance préventive. Qu’en sera-t-il dans 10 ans ? Comment vont se conjuguer les exigences de rentabilité des éoliennes et les arrêts imprévus exigeant des actions de maintenance curative ? Il est nécessaire d’anticiper et de se questionner sur les impacts sur l’activité et l’évolution du métier."

En quoi votre étude a-t-elle été utile au conseil régional ?

"Le conseil régional de Picardie est un acteur majeur de la filière éolienne. L’offre de formation a pu être revue et adaptée. Le conseil régional propose dorénavant une semaine de découverte du métier en amont du BZEE, mais il souhaite pouvoir adapter en temps réel son offre de formation et sécuriser, dans le temps, les parcours des salariés. Nous poursuivons donc nos travaux d’étude et notre collaboration avec les acteurs du secteur.

Des représentants de France Energie Eolienne et du conseil régional de Picardie viendront d’ailleurs témoigner lors d’un prochain colloque organisé par le réseau Anact, qui se tiendra le 14 mai. Ils rapporteront leur expérience et souligneront l’importance d’accompagner les évolutions technologiques et sectorielles sur les territoires."

A voir ou à revoir

Témoignage des acteurs de la démarche lors du colloque "Bien concevoir pour ne pas décevoir" organisé par l'Anact le 14 mai 2013.

Pour en savoir plus :