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Comment les écoles d’ingénieurs s’adaptent-elles aux nouveaux modes de management ?

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Entretien avec Laurent Mahieu, président de la Commission des titres d'ingénieur (CTI), issu de la revue Travail & Changement "Mieux former les managers et ingénieurs de demain". 

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Comment ont évolué les formations au management des hommes dans les écoles d'ingénieurs ? 

La CTI a mis en place un référentiel permettant de nous assurer que les écoles d’ingénieurs sont bien en lien avec les attentes du monde de l’entreprise et de la société. Dans notre référentiel de 2006, nous demandions aux établissements de mettre en place un cursus comprenant « une formation aux savoir-faire comportementaux nécessaires à l’intégration dans un groupe » visant les « aptitudes à l’engagement, au travail en équipe et au leadership ». En 2016, cette exigence a pour finalité la capacité à « s’insérer dans la vie professionnelle, à s’intégrer dans une organisation, à l’animer et à la faire évoluer ». On a ainsi renversé le point d’observation en dix ans. La question de l’intégration des sciences humaines et sociales dans les formations d’ingénieurs n’est aujourd’hui plus remise en cause. L’ingénieur à la française est reconnu pour cette capacité à embrasser de manière large les problématiques professionnelles. La prochaine étape consiste à intégrer cela de manière transversale dans les cursus.

Quelle est la place réservée à ces formations dans les écoles d'ingénieurs ? 

Environ 25 % du temps d’instruction des ingénieurs est aujourd’hui dédié à d’autres matières que les sciences et technologies dites de l’ingénieur. Cela peut concerner l’économie, le droit du travail, les langues ou la sensibilisation aux enjeux de l’internationalisation. 
Les questions de sociologie des organisations restent des choses plus difficiles à appréhender. Elles dépendent de la taille des écoles, leur dotation. Nous avons constaté que, selon leurs typologies ou leurs territoires, il y a des avancées plus ou moins prononcées sur ce champ-là. Ces thèmes vont trouver des réalisations très approfondies dans les écoles issues du ministère de la Défense où les notions de collectifs de travail, de qualité de prise de décision sont très développées. Il en va de même dans les cursus orientés vers le génie industriel. D’une manière générale, les étudiants doivent passer au moins 28 semaines en entreprise durant leurs études. Progressivement, les écoles vont chercher à les aider à mieux appréhender les questions de management et de gestion des organisations. On ne tire sans doute pas assez profit du stage de fin d’études, dont la pertinence est trop souvent jugée sur la qualité du travail scientifique réalisé et non suffi samment sur la réflexion des questions de management du travail qu’il suscite.

Comment les écoles d’ingénieurs s’adaptent-elles aux nouveaux modes de management ? 

Elles ont conscience que les élèves ont changé et qu’il n’est plus possible de faire comme avant. Depuis que l’on demande aux écoles de nous décrire leur démarche pédagogique, nous avons vu une évolution de répartition entre cours magistraux et travaux dirigés/travaux pratiques, par exemple. Une première évolution réside dans la montée en puissance progressive de pratiques pédagogiques sur le mode projet. L’étudiant est mis dans la situation de porter, en général en équipe, un projet de bout en bout. Le deuxième courant est le développement de la formation sous statut d’apprenti permettant plus d’interactions entre ce qui est vécu en entreprise et ce qui est apporté comme éléments structurants par l’école. Les apprentis comprennent mieux la réalité du travail et les enjeux du management. On insiste pour que cette immersion fasse l’objet de retours d’expériences. Aujourd’hui, 130 écoles d’ingénieurs sur les 200 ont développé des cursus sous statut d’apprentis. Ceci représente à peu près 15 à 20 % des ingénieurs en formation, soit plus de 15 000 apprentis !

Consulter la revue Travail & Changement n°367 "Mieux former les managers et ingénieurs de demain"