Vous êtes ici

Changer le regard sur le travail des femmes

Bloc des outils de page

Envoyer la page par email

Ajouter à ma liste de lecture

La journée de rencontres Cinéma et Conditions de travail du festival Filmer le travail de Poitiers, était consacrée cette année au travail au féminin. Cette journée a rendu visibles les spécificités du travail des femmes et donné un éclairage sur l’évolution des mentalités depuis 50 ans. Des interventions d’experts, une sélection de documentaires d’archives de l’Institut national de l'audiovisuel ainsi qu’une table-ronde sur le travail des femmes aujourd’hui ont ponctué cette journée. Revue des temps forts

Organisée avec le Réseau ANACT, l’INA et les Écrans du Social, la journée Regards sur le travail au féminin a eu lieu à Poitiers le 8 février 2012. Cette journée invitait des experts pluridisciplinaires et des partenaires sociaux à échanger sur la place faite aux femmes dans le travail.

L’égalité et la parité avancent lentement … mais sûrement

« Personne ne se voile la face concernant la parité hommes / femmes les choses évoluent peu ou pas » c’est ainsi que Jean-Michel Dupire, Président de l'ARACT Poitou-Charentes, est entré dans le vif du sujet de l’égalité et de mixité au prisme des conditions d’emploi et du travail. Jean-Paul Prévidente, directeur de l’ARACT Poitou-Charentes, évoque lui « l’autisme » de l’entreprise et de la société sur ce sujet. Les chiffres, égrenés tout au long de cette journée l’attestent : le taux d’activité des femmes croit depuis 30 ans. La population française en emploi comprend 48% des femmes et 52% d’hommes. Mais, plus de 50% des femmes sont cantonnées dans 12 familles professionnelles, les femmes sont surreprésentées dans la catégorie des employés. En moyenne, les femmes consacrent près de 4h par jour aux tâches domestiques contre 2h30 pour les hommes ...
Heureusement, « la place assignée aux hommes et femmes peut être changée ». C’est ce que pense Maryse Dumas, membre du Conseil Économique et Social et Environnemental représentant la CGT et présente dans les débats et d’ajouter : «  Il faut changer le travail pour le rendre accessible aux femmes. »

Au regard des documentaires de l’INA, l’assistance a réalisé le « bond accompli » par les femmes entre 1950 et les années 2010 dans leur participation dans la vie sociale et au marché du travail. Les mentalités ont certes évolué, mais les inégalités entre les hommes et les femmes demeurent.
Ouverture de la journée : avec M. Jean-Paul Gehin. M. Jean-Michel Dupire. M. Jean-Paul Prévidente.

Quelles différences hommes / femmes dans le travail ?

Les hommes et les femmes n’occupent pas les mêmes postes. Régine Bercot, professeure de sociologie à l’université Paris VIII, met en évidence l’invisibilité du travail des femmes marqué par la répétitivité, les multiples tâches simultanées et l’activité face au public.

Pour illustrer son propos, elle évoque la répartition sexuée des activités dans un abattoir. On repère des problèmes de santé chez les femmes, dont la tâche répétitive exige dextérité fine et permanente et sollicite les tendons, et les fige dans la même position. Elle ne le signalent pas car elles sont assises. De plus, elles intériorisent la douleur ressentie qu’elles n’associent pas à un travail de force spectaculaire que représente par exemple la charge visible des hommes qui découpent les carcasses de bœufs.
La santé et conditions du travail des femmes - Régine Bercot

Chausser les "lunettes du genre"

Florence Chappert, dans son intervention sur la question de l’égalité et de la mixité en entreprise, démontre l’intérêt dans le cadre d’un diagnostic du Réseau ANACT, d’une analyse sexuée des données de l’entreprise.

C’est le cas d’une imprimerie de 450 salariés en Basse-Normandie qui connait une recrudescence de plaintes de salariés et une augmentation du nombre d’arrêt de travail des femmes. Le diagnostic est confié à l’ARACT. Il met en évidence la répartition sexuée des tâches : la majorité des femmes sont aides de finition alors que les hommes occupent des postes à plus forte responsabilité. Les postes d’aide de finition sont caractérisés par de la manutention répétitive, du port de charge et des contraintes posturales élevées. Or il s’avère que c’est le métier aide de finition qui est surreprésenté dans l’absentéisme. On se rend compte par ces analyses que les femmes, pointées du doigt par l’entreprise car plus absentes que les hommes, sont aussi les plus âgées et les plus anciennes dans l’atelier concerné car elles n’ont pas pu bénéficier de mobilité une fois entrées dans l’entreprise. A la différence des hommes qui ont évolué vers d’autres postes dans ou à l’extérieur de l’entreprise. De fait, elles ont été exposées à une pénibilité prolongée du travail en restant dans le même poste durant de longues années et en subissent les conséquences aujourd’hui en s’absentant pour maladie professionnelle, voire en étant licenciées pour inaptitude.

La mixité, levier d’égalité dans l’entreprise

Parmi les leviers d’action listés par Florence Chappert, responsable du projet Genre et Conditions de travail de l’Anact, est évoqué en premier lieu la mixité des emplois et des activités en ouvrant aux femmes les professions réservées aux hommes et inversement. En effet, l’arrivée des hommes dans des métiers à prédominance féminine pourrait favoriser la revalorisation salariale et l’organisation des temps de travail en les rendant moins partiels et moins fragmentés. Concernant la masculinisation des métiers, comme le signale Georges Texier (CGPME), « les femmes favoriseront l’amélioration des conditions de travail ». L’analyse des postes de travail en collaboration avec les acteurs de l’entreprise et accompagnés par des experts permettent de les modifier pour les rendre moins pénibles.

Les autres pistes : limiter les horaires atypiques et donner des marges de manœuvre aux salariés pour s’organiser, réduire les contraintes stressantes des emplois à prédominance féminine, construire du collectif de travail pour les emplois isolés. Concernant cette piste, Françoise Mesnard, médecin du travail et vice Présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes, a évoqué le cas de femmes cumulant les temps partiels dans le secteur de la santé ainsi que la grande distribution. « Elles n’ont pas la parole, elles sont isolées en l’absence de collectifs ou d’unions syndicales »
La prise en charge de la question de l’égalité et de la mixité en entreprise  - Florence Chappert

Une jeune femme dans un métier culturellement masculin

« Marine, la flamme d’une soudeuse » tel est le titre d’un court-métrage documentaire de Michel Carrière (coproduction : Les Productions Anamorphose et France Televisions) consacré au parcours de formation et professionnel de Marine Bregeon. Apprentie, passionnée par son métier, médaillée d’or en soudure aux sélections nationales des Olympiades des métiers et formatrice, Marine Bregeon explique comment elle a intégré un métier. Elle a fait des émules en Poitou-Charentes : d’autres jeunes femmes se dirigent dans cette filière.

A la fin de cette journée de rencontres, comme l’indiquait Françoise Mesnard, « on est tous convaincus de vanter le mérite de l’égalité professionnelle et cette conviction doit aider à surmonter les difficultés de déconstruire les normes conçues par et pour des hommes. » Les experts et institutionnels présents lors de cette journée regrettent que les données sexuées concernant les indicateurs statistiques de santé au travail soient partielles. Les choses changent : le travail d’analyse sexuée des données santé démarre dans les Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail (CARSAT).

Pour aller plus loin

  • Les séquences filmées du débat sur le site de l’université de Poitiers Le travail des femmes aujourd’hui avec  Gilles Heude, ANACT (animateur), Michel Carrière, Réalisateur, du court-métrage « Marine, la flamme d’une soudeuse », Marine Bregeon, soudeuse ,  Maryse Dumas, Membre du Conseil Économique et Social représentant la CGT. Georges Texier, Confédération générale du patronat des PME, Françoise Mesnard, Vice-Présidente du Conseil Régional Poitou-Charentes et médecin du travail et enfin Geneviève Couraud, de l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes.
  • Site du Festival Filmer le travail