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Cancer du sein : le risque du travail de nuit

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L'étude française CECILE de l'INSERM montre que le risque de cancer du sein augmente d'environ 30% chez les femmes ayant travaillé de nuit.

Les facteurs de risque de cancer du sein sont variés. Ils incluent des mutations génétiques, un âge tardif à la première grossesse, une faible parité ou encore les traitements hormonaux. Les facteurs liés au style de vie, les causes environnementales ou professionnelles ne sont pas, eux, complètement identifiés.

En 2010, sur la base de travaux expérimentaux et épidémiologiques, le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC) a classé le travail entraînant des perturbations du rythme circadien comme "probablement cancérigène". Le rythme circadien (contrôlant l’alternance veille-sommeil) régule en effet de très nombreuses fonctions biologiques et est altéré chez les personnes travaillant la nuit ou avec des horaires décalés.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer les associations observées entre le travail de nuit et le cancer du sein : l’exposition à la lumière durant la nuit qui supprime le pic nocturne de mélatonine et ses effets anti-cancérigènes; la perturbation du fonctionnement des gènes de l’horloge biologique qui contrôlent la prolifération cellulaire ; ou encore les troubles du sommeil pouvant affaiblir le système immunitaire.

Les chercheurs de l’Inserm ont donc examiné l’impact du travail de nuit sur la santé des femmes dans une grande étude de population effectuée en France entre 2005 et 2008. Le parcours professionnel (incluant chaque période de travail de nuit) de 3000 femmes a été passé à la loupe. Au total, plus de 11% des femmes avaient travaillé de nuit à un moment quelconque de leur carrière.

Le risque de cancer du sein était augmenté d’environ 30 % chez les femmes ayant travaillé de nuit par rapport aux autres femmes. Cette augmentation du risque était particulièrement marquée chez les femmes ayant travaillé de nuit pendant plus de 4 ans, ou chez celles dont le rythme de travail était de moins de 3 nuits par semaine, impliquant des décalages de phase plus fréquents entre le rythme de jour et le rythme de nuit.

Enfin, cette association entre travail de nuit et cancer du sein semblait plus marquée lorsque l’on s’intéressait au travail de nuit effectué avant la première grossesse. Ce résultat pourrait être expliqué par une plus grande vulnérabilité des cellules mammaires incomplètement différenciées chez la femme avant le premier accouchement.

note: Le projet CECILE

Première cause de mortalité par cancer chez les femmes, le cancer du sein touche 100 femmes sur 100.000 par an dans les pays développés. Chaque année, plus de 1,3 million de nouveaux cas sont diagnostiqués dont 53.000 en France.

L'objectif du projet CECILE (Cancer du sein En Côte d'Or et Ille-et-Vilaine et Environnement) est d'étudier le rôle de facteurs de risque environnementaux des cancers du sein chez la femme. CECILE est une étude cas-témoins en population générale qui a été réalisée en Ille-et-Vilaine et en Côte d'Or et a inclus plus de 1300 cas incidents recrutés dans les principaux services hospitaliers assurant la prise en charge initiale du cancer du sein dans le département et 1300 témoins de population générale.

Les informations sur les facteurs de risque classiques des cancers du sein, ainsi que sur l'histoire professionnelle, les lieux de résidence, et les activités de loisirs ont été recueillies. Certaines activités professionnelles ont été détaillées pour identifier notamment les expositions aux pesticides, à des composés utilisés dans les plastiques (phtalates, alkylphénols, bisphénol A), à des solvants, à des HAP, à des médicaments anticancéreux et au travail de nuit (infirmières).

Pour aller plus loin :

- L'étude CECILE sur le site de l'INSERM
- L'article "Night work and breast cancer: a population-based case-control study in France" du IJC