Présentation
Cet abattoir appartient à un groupe qui abat chaque semaine plus de 16 000 porcs, 800 bovins, 600 veaux et 1 000 ovins. Le site concerné est à la fois le siège social et un des plus importants lieux de production du groupe. Il est spécialisé dans l'abattage et la découpe de porcs.
Le process peut être découpé en 5 parties qui correspondent à 5 ateliers : l'abattage, la boyauderie, les abats & pannes, la découpe et l'expédition.
Demande de l'entreprise
Alors que l'atelier de boyauderie est entièrement neuf et que, à priori, les conditions de travail devraient être meilleures que par le passé, la direction de l'entreprise s'inquiète de voir ses indicateurs santé ne pas s'améliorer, voire se dégrader. Elle constate que les gestes sur les postes de travail restent sollicitants, que le turn-over a tendance a augmenter et que l'ambiance dans l'atelier est délétère.
Démarche
Un Comité de Pilotage est crée avec l'appui de l'Aract. Il comprend la direction, les responsables de production, l'encadrement intermédiaire, le médecin du travail, l'infirmière, ainsi que des membres du CHSCT dont certains font partie de la boyauderie et de l'abattage. Ces derniers sont formés au problème des troubles musculosquelettiques (TMS), afin de partager une vision commune des facteurs d'apparition de ces pathologies et de dépasser les représentations initiales sur les seuls aspects biomécaniques. Une façon de s'orienter vers une approche organisationnelle de la prévention.
Les ouvriers de boyauderie effectuent des tâches diverses sur différents postes. Les premiers postes, la « Trappe », reçoivent les ventrées provenant de la chaîne d'abattage. Les opérateurs y manipulent le couteau pour enlever la râte, la crépine, le pancréas... Suivent des postes permettant de séparer le menu (intestin grêle) du chaudin (gros intestin), jusqu'au décerclage et lavage du chaudin.
On peut classer les différents postes de la boyauderie en 2 catégories : ceux avec manipulation du couteau en amont de la chaîne et les postes « manuels » en fin de ligne. En amont, on ne trouve que des hommes, l'aval étant quasi-exclusivement féminin.
Tout le monde considère que les postes de « Trappe » sont plus pénibles que les autres, ce qui explique l'absence de femmes.
Comment expliquer cette représentation, alors qu'il est démontré que les postes de lavage et décerclage sont beaucoup plus sollicitants physiquement ? En effet, les salariés y effectuent à longueur de journée des gestes d'arrachement avec des postures contraignantes.
La « Trappe » est vécue comme très sollicitante car la pression temporelle y est très forte. En effet, le temps de cycle atteint 10 secondes par ventrée sachant qu'il est fréquent de réceptionner les ventrées par deux. Ce n'est pas le fonctionnement normal de la chaîne, mais une analyse globale a permis de montrer que cela résultait de dysfonctionnements sur la chaîne d'abattage.
Résultat : la « ségrégation » des femmes sur certains postes les expose davantage à des sollicitations physiques importantes et dévalorise leurs compétences alors que les enjeux qualité en fin de ligne sont extrêment importants.
Les hommes ne sont pas mieux lotis car ils sont, eux aussi, soumis à une répétitivité gestuelle importante et une pression temporelle permanente causée par des dysfonctionnements générés en amont de la Boyauderie et sur lesquels ils n'ont aucun moyen d'action.
Bilan
Grâce à une vision spécifique sur le genre et la répartition sexuée des tâches, la démarche a permis de soulever des problématiques beaucoup plus larges que celle intialement mentionnée. S'il s'avèrait nécessaire de revoir la conception et l'aménagement matériel de certains postes, il n'en était pas moins important d'élargir sur des aspects organisationnels du travail.
Différentes pistes d'action ont émergé :
- régler les dysfonctionnements générés sur la chaîne d'abattage ;
- former les femmes à la manipulation du couteau ;
- se donner du temps pour intégrer les nouveaux, quel que soit le poste occupé ;
- mettre en place une rotation (une fois les autres points traités) ;
- valoriser les postes de fin de chaîne et reconnaître les compétences nécessaires pour atteindre le niveau de qualité attendu.
Auteur(s)
Eric PELTIER, chargé(e) de mission, ANACT