Travailler en période de grand froid
(19/01/2010) En période de grand froid hivernal, et de chutes de neige, le travail en extérieur peut devenir difficilement supportable. A quels risques sont alors exposés les salariés ? Comment évaluer le degré d'exposition au froid ? Que prévoit le code du travail et comment est-il possible d'améliorer la situation de travail des salariés exposés ?
Entretien avec Jack Bernon, Responsable du département Santé et Travail de l'Anact
En période hivernale, le travail en extérieur peut devenir difficilement supportable. A quels risques sont alors exposés les salariés ?
"Plusieurs catégories de travailleurs sont concernés par l'exposition au froid.
Ceux qui travaillent à l’extérieur en premier lieu (comme les travailleurs du BTP, de l'industrie du transport, les ouvriers agricoles, les employés de maintenance des bâtiments ou des lignes électriques ou encore les vendeurs en extérieurs) mais dont l’exposition est très liée aux intempéries et à la température externe. L’effet de cette température pouvant de plus être amplifiée par les conditions de l’environnement par exemple le travail en altitude dans la glace et la neige avec une plus grande rareté de l’oxygène ou dans la marine où le froid se combine avec l’eau.
Mais il faut aussi penser à ceux qui travaillent habituellement avec le froid, soit dans leur local (atelier, frigo) soit parce que leur activité est en interaction permanente avec le froid comme par exemple les personnels de vente de produits alimentaires.
Le froid reste une condition difficile parce qu’il agit sur la régulation thermique du corps et lorsque les températures descendent très en dessous du cadre acceptable, le corps doit mobiliser beaucoup de ressources. Celles-ci ne sont alors plus disponibles pour faire face aux exigences du travail, et le rendent pénible. Les travailleurs de l’agriculture, du BTP ou de la mer le savent bien.
Les troubles occasionnés par le froid sont d’ordre local ou général. Dans le premier cas, il peut s’agir de simples engourdissements avec perte de dextérité jusqu’à des gelures. L’accident d’ordre général le plus sérieux est l’hypothermie. Il survient lorsque l’individu ne parvient plus à réguler sa température interne, avec des conséquences qui peuvent s’avérer dramatiques : trouble de la conscience, coma, décès."
Comment évaluer l'exposition au froid et définir sa situation de travail. Que mesurer ? Que prendre en compte ?
"Définir l’exposition thermique demande de prendre en compte de nombreux autres facteurs : caractéristiques des individus (âge, poids, sexe mais aussi état de santé général), qualité de l’isolement vestimentaire, conditions météorologiques, hygrométrie, vitesse et direction de l’air. Ce dernier point est important parce que la vitesse du vent (courant d’air) renforce la sensation de froid.
La nature de la tâche réalisée par le travailleur et les conditions de sa réalisation sont aussi à considérer : travail minutieux, qui nécessite de faire des efforts physiques, d’alterner des passages de l’intérieur vers l’extérieur, d’effectuer un travail répétitif, des contacts avec des objets ou des surfaces très froides, etc.
Une vigilance spéciale doit aussi être apportée aux conditions organisationnelles du travail : prévision ou non de pause et présence d’espaces tempérés pour s’y réfugier."
Quelles dispositions prévoient la réglementation ou proposent les normes ergonomiques ?
"Le code du travail ne prévoit pas de valeur seuil de température (sauf pour les femmes enceintes dont le seuil est fixé à 0°C). Il faut toutefois garder à l’esprit que l’employeur a une obligation de résultats en matière de sécurité pour ses salariés. Il doit veiller à la santé des travailleurs et à leur protection. Ce principe général vaut évidemment pour l’exposition des travailleurs au travail au froid ou dans le froid.
Le code du travail prévoient que les locaux de travail doivent êtres chauffés durant la saison froide, et que des moyens de chauffage suffisants soient aménagés pour les employés à l’intérieur de l’établissement (article R. 4223-13). Dans le BTP, l’entrepreneur, sous certaines conditions strictes peut décider d’arrêter le travail pour "intempéries" (article L. 5424-7 du code du travail). Cet arrêt de l’activité décidé par l’entreprise ouvre droit au chômage-intempérie pour les salariés alors privés d’emploi (dont le calcul du montant est défini dans l'arrêté du 22 mai 2008, publié au JO du 30/05/08).
La norme NF EN ISO 15743 publiée en septembre 2008 fournit également des repères pour organiser le travail en situation de froid. Cette norme est un bon outil pour réfléchir et envisager l’évaluation des risques dans ce contexte."
Comment est-il possible d'améliorer la situation de travail vécue par les salariés exposés au froid et au vent extérieur.
L’exposition au froid doit être évaluée au sens de son inscription dans le Document Unique mais aussi elle doit faire l’objet d’une dsicussion entre les acteurs en charge de la prévention pour choisir les actions de prévention les plus adaptées.
Le médecin du travail joue un rôle clé dans cette discussion par sa connaissance aigüe de la physiologie et des postes de travail. Les représentants du personnel doivent aussi être associés à ces échanges pour rendre compte des conditions réelles du travail à réaliser.
C’est lors de ces échanges au sein de l’entreprise que les meilleurs aménagements techniques ou organisationnels pourront être arrêtés par exemple prévoir des soutiens pour le déplacement ou la préhension de charges, la fourniture de vêtements ou gants les plus adaptés (après des tests auprès des travaiilleurs). L’organisation du travail doit aussi être repensée : lieux, fréquence et durée des pauses, mais peut être également nécessité de travailler à deux, report de certaines tâches en attendant un temps meilleur, décalage des horaires de travail sur les plages les moins froides de la journée etc."
Propos recueillis par Lionel Davin.
Ergonome de formation, Jack Bernon a occupé différentes fonctions dans le domaine de la prévention au sein de la MSA pendant 24 ans. Il a ensuite intégré le réseau Anact comme directeur de l’ARACT Auvergne. Il est actuellement responsable du département Santé et Travail à l'Anact.
Spécialiste depuis 30 ans des questions de prévention des risques professionnels, Jack Bernon a travaillé dans des secteurs très différents lui permettant de consolider son approche de l’intervention en santé au travail.


