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Le travail collaboratif, vecteur de mieux-être au travail

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L’édition 2014 des « Rencontres : Mieux-être au travail : bienveillance, santé et collaboration » s’est déroulée le 24 juin à Lyon. Organisée par Apicil, les Cabinets Psya et PrevHom, cette manifestation a mis en évidence le lien entre travail collaboratif et qualité de vie au travail. Chercheurs, managers, consultants professionnels des ressources humaines et de la santé étaient au rendez-vous.

Libérer la parole du salarié pour renforcer le collectif et favoriser le mieux-être au travail

Pascal Ughetto, économiste et sociologue au LATTS, a retracé la construction sociologique du lien entre travail et bonheur. Il pointe certaines situations qui contribuent, à l’heure actuelle, au mal-être au travail. « Les salariés ont aujourd’hui de réelles difficultés à se faire entendre, à faire remonter les problèmes rencontrés au quotidien. ». Le chercheur constate que les managers de proximité ont, de leur côté, du mal à relayer leurs expériences négatives au niveau de leur direction, trop éloignée. L’organisation doit apprendre à « pragmatiser » l’expérience du terrain pour tendre à un mieux-être au travail, », conclut P. Ughetto.

Le témoignage de Philippe Rident, DRH de l’entreprise Valrhona est venu confirmer cette analyse. Cette entreprise, spécialisée dans la production de chocolat, a développé une politique de mieux-être au travail. Partant du constat que la motivation des salariés passe par la création d’un  environnement de travail favorable, il a misé sur une plus grande liberté d’expression des salariés afin d’identifier les facteurs de démotivation. « Les petits soucis qui font que l’on n’avance pas efficacement », précise Philippe Rident. Les salariés sont invités à s’exprimer et à proposer des solutions pour les problèmes rencontrés dans leur activité de travail. L’objectif est de « libérer l’entreprise » en libérant la parole des salariés. L’enjeu est également d’établir une vraie collaboration et un climat de confiance avec le management. Celui-ci est invité à travailler à de nouvelles postures pour développer la capacité d’écoute plutôt que de contrôle. Valrhona fait partie du palmarès des « great place to work » depuis 4 ans.

À sa suite, plusieurs intervenants ont souligné l’importance du travail collectif à la fois source d’épanouissement du salarié et de performance pour l’entreprise.

Mettre en place « une stratégie de la bienveillance » ou « l’intelligence de la coopération » 

Juliette Tournand, professeur et coach, propose « une stratégie de la bienveillance ou l’intelligence de la coopération », une méthode destinée à favoriser la coopération au sein de l’entreprise et à créer ainsi un climat bienveillant, générateur de réussite. Trois principes facilitent sa réussite : la bienveillance des différentes parties prenantes, la réciprocité du résultat (le donnant-donnant), la clarté dans la collaboration. La coopération établie autour de ces valeurs libère l’entreprise dans sa capacité d’innovation et de développement.

Florence Pratlong, directrice de la fromagerie Fédou, PME de 20 personnes, est venue témoignée des apports de cette démarche. La dirigeante a, dans un premier temps, reconsidéré le travail collaboratif avec les fournisseurs de l’entreprise. Travaillant plus en proximité, elle a été ainsi à l’écoute de leurs difficultés, ce qui a permis de résoudre un certain nombre de freins au développement économique. Par ailleurs, les salariés de Fédou ont été invités à s’impliquer, en équipe, dans la démarche d’innovation en créant de nouveaux fromages. Leurs réalisations ont permis une augmentation du chiffre d’affaires. Si F. Pratlong admet que la coopération et la bienveillance sont difficilement quantifiables au niveau d’une entreprise, elle constate cependant des gains économiques significatifs.

Pour Sandrine Caroly, chercheur en ergonomie à l’Université de Grenoble, le travail collectif joue effectivement un rôle essentiel pour le bon fonctionnement de l’entreprise. Le travail en collectif se définit dans la collaboration, la coopération, la façon dont les salariés vont faire ensemble, notamment face aux aléas et aux dysfonctionnements. « Ceux avec qui l’on travaille garantissent, ou non, les règles, les postures, les valeurs de l’activité professionnelle. » Mais le collectif de travail ne se décrète pas et lorsqu’il fonctionne mal, il peut être générateur de souffrance au travail. Lorsqu’il fonctionne bien, il entretient à la fois des valeurs et un sens commun du travail. Il a une fonction de préservation de la santé de ses membres, il donne à l’individu un pouvoir d’agir sur son travail. L’activité collective génère ainsi du développement personnel. Le manager est là pour la dynamiser et la préserver.

S. Caroly insiste donc sur le fait que le travail collectif doit se trouver renforcé dans l’entreprise, notamment lors de la conduite de changements organisationnels. À ce titre, les réseaux sociaux d’entreprise, s’ils bousculent les fonctionnements établis, peuvent également s’avérer une véritable opportunité pour développer et renforcer le collectif.

Collaborer grâce aux réseaux sociaux dans l’entreprise

Pour Céline Schillinger, directrice “engagement et communautés“ chez Sanofi Pasteur, 3 facteurs d’évolution traversent actuellement l’entreprise : le cloud, la mobilité et les réseaux sociaux. Dorénavant, on « se connecte » à son travail. Les comportements se trouvent façonnés par les médias sociaux, la collaboration est augmentée. Fort de ce constat, le travail collaboratif doit alors être envisagé comme une stratégie d’entreprise. Alléger les contrôles et les procédures permet de responsabiliser positivement les salariés. Il faut susciter l’envie d’être collaboratif. Autre constat, le langage corporate dans la communication interne est de moins en moins adapté. Ouvrir de nouveaux espaces d’interactions permet de gagner en authenticité. Le réseau social d’entreprise est un support qui prend appui sur des valeurs communes et permet la transversalité dans les échanges. Il permet de faire émerger une collaboration moins hiérarchisée, une structure organisationnelle horizontale.

Si une nouvelle réflexion autour du travail collaboratif peut enrichir une stratégie de mieux-être au travail, il n’en demeure pas moins que les actions de prévention, dans les cadres institutionnalisés de l’entreprise, sont un vecteur d’amélioration de la qualité de vie au travail. Plusieurs témoignages l’ont également rappelé.

À l’issue de cette journée, si les intervenants s’accordent à dire que la bienveillance ressentie dans l’entreprise crée un environnement favorable, les dispositifs favorisant l’écoute des salariés et développant les modes collaboratifs sont les vecteurs facilitateurs du mieux-être au travail. Ils contribuent à susciter la motivation, favorisent l’innovation et, ce faisant, la performance de l’entreprise.